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Fais comme tu le sens

La pédagogie actuelle a comme idéal- louable par ailleurs- d’amener l’enfant à vivre en harmonie avec ce qu’il désire. Aussi de plus en plus souvent, dans le langage adressé par les adultes aux ado ou même aux enfants, s’entend cette phrase : « Fais comme tu le sens ! »

Cette tendance vient, sans doute, en contre point à une éducation qui longtemps a dicté : « Fais comme je te le dis. » Mais ce nouveau message est-il de bon conseil ?

Le monde d’aujourd’hui

Un des drames que dénonce la violence se serait-il pas que de nos jours nous imaginons que la vérité qui a le plus de poids est celle qui vient de nos sens ? La manipulation de la publicité nous fait croire que ce que nous voyons est ce qu’il y a de meilleur pour nous. Emportés par ce qui charme nos sens, notre pensée propre est endormie. Un peu c’est bien mais trop…c’est dangereux car à force d’oublier de penser nous risquons de ne plus savoir qui nous sommes et qui nous avons en face de nous.

La pédagogie actuelle réalise-t-elle que cette petite phrase « Fais comme tu le sens » est loin d’être anodine. En effet, l’enfant est renvoyé au vécu brut de son corps, à sa réaction spontanée face à une sensation, en d’autres mots à de la pulsion non médiatisée par la pensée !

Or, grandir pour devenir un être humain dans le sens plein du terme c’est à dire pas seulement un corps vivant mais un corps habité, ne peut se faire que si nous savons « nous reposer » c’est à dire nous poser d’une autre façon, hors de l’enfer du pur pulsionnel, du pur « comme je le sens. » Par la pensée, qui caractérise notre humanité, nous apprenons à prendre distance de l’immédiateté de la perception.

Construire la faculté de penser

La pensée, spécificité de l’humain, est une fonction mentale permettant de mettre une distance entre l’immédiateté de la perception sensorielle et de la réaction corporelle et psychique qui en découlerait spontanément. La pensée est une élaboration qui permet de différer la réaction pulsionnelle spontanée. Essayons de comprendre comment, petit à petit, avec l’aide de notre imaginaire, de nos facultés de logique et de raisonnement se construit notre capacité de penser.

Le tout petit bébé affamé ou qui ressentant une sensation d’inconfort mettant, à ses yeux, sa vie en péril va hurler jusqu’à ce que l’inconfort disparaisse. Ce n’est que grandissant qu’il constate que c’est l’intervention d’un autre humain qui vient le soulager. Sa réaction, réflexe de survie, est « instinctive » et non pas réfléchie. De même, avant l’usage de la parole, l’enfant réagit encore souvent « au quart de tour. » Jacques prend le jouet de Paul, Paul hurle et tape jusqu’à ce qu’il ait récupéré son jouet. Il a agi « sans réfléchir » ; face à un ressenti frustrant, il a adopté une réaction spontanée. En grandissant, l’enfant découvre l’autonomie de son corps, de celui des autres et ainsi tout au long de ses expériences quotidiennes il met en place une compréhension du monde qui l’entoure. Chemin faisant, il adapte un comportement, non pas instinctif mais personnalisé car, de plus en plus souvent, il pense avant d’agir !

Tout l’enjeu de la petite enfance sera de poser les fondements de la pensée en apprenant à mettre des mots sur le ressenti, sur les sensations, en apprenant à prendre distance de l’immédiateté de la sensation et d’y glisser le temps d’une réflexion. Ainsi peut se mettre en place un fonctionnement indispensable à tout adulte libre et responsable, celui de CONSENTIR au lieu d’être dans le pur SENTIR.

Apprendre à penser c’est se poser la question : pourquoi ? Comment ?

Tout l’enjeu de la pensée sera de trouver le délicat chemin du « J’ai envie de » qui cherche à ne pas être piégé, par l’autre, par un « Tu dois » tyrannique ou un « Tu ne peux pas » culpabilisant tout en ne succombant pas au pur pulsionnel qui dit « Allez vous faire voir, je fais comme je le sens.. »…

Apprendre à penser c’est pouvoir prendre distance du « Maintenant, tout de suite, comme je le veux parce que je le sens comme ça ». Grandir, c’est pouvoir face à un ressenti, « prendre distance » de l’évènement ressenti, se situer dans un espace-temps. En un mot sortir du magma physico-emotionnel originaire dans lequel se retrouvent ceux qui, face à la moindre contrariété, « se mettent en boule »

Accepter qu’en nous « le verbe se fasse chair » c’est entrer dans le temps et l’espace. S’incarner, c’est prendre le temps de se penser. Le petit en découvrant son autonomie fait un premier pas dans ce sens. Se penser, c’est aussi se positionner par rapport aux autres, savoir ce qui se fait et ne se fait pas et pas seulement ce qui se sent…C’est entrer dans un monde ritualisé.

La vérité sur soi se découvre par le truchement du langage, par l’échange.

Du danger de déshumaniser….

Cette petite phrase, qui semble pleine d’empathie pour l’autre n’est-elle pas une injonction à se déshumaniser en prônant l’écoute de la violence de la pulsion brute ? La phrase « Fais comme tu le sens » ne renvoie-t-elle pas l’enfant au vécu brut et de l’agir spontané de son corps face aux sensations qui l’atteignent ?

Aussi étonnant que cela puisse paraître l’adulte qui clame à l’enfant « fais comme tu sens », lui ordonne de ne pas se poser de questions ! De ne pas agir en fonction de sa pensée et de la pensée de l’autre mais en fonction de sa sensation brute, mettant ainsi en place un processus de pure barbarie…

Ne nous étonnons pas alors, si dans un magasin il prend « sans réfléchir » quelque chose qui lui plait ; s’il frappe sans vergogne celui qui le dérange ou simplement s’il vide le frigo parce qu’il a une petite faim ! 

Mots clés: Corps Sensorialité Penser