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Graines de violence

Scène d’aéroport. Une famille bourgeoise à l’air sympathique attend son tour pour l’enregistrement des bagages. Monsieur affiche déjà un certain âge, la dame plus jeune est accompagnée d’une jeune fille de plus ou moins 14 ans, d’un garçon a qui l’on donnerait 8 ans et d’un garçonnet de deux ans.

La grande sœur

Un modèle de patience ! Malgré l’heure très matinale, cette adolescente manifeste une attitude plus qu’empathique vis à vis du dernier né. Il la bouscule, lui demande mille choses, lui en impose 1000 autres et en exige d’autres encore !

Or justement ce jour-là sévit la violente tempête qui ravagea la France, l’attente est donc longue. Après deux tentatives de décollage, 7 heures après l’heure prévue d’envol les passagers sont embarqués en autocar pour Paris,. Pendant tout ce temps la grande sœur n’a pas exprimé un mot d’impatience à l’égard du cadet qui ne la lâche pas d’un pouce, la pousse à bas de son siège, lui grimpe dessus, lui arrache régulièrement ses pinces à cheveux, etc, etc.

Mais c’est merveilleux, me direz-vous, une grande sœur aussi « gentille ». Eh bien voyez-vous, personnellement une telle attitude me questionne. Est-il souhaitable qu’une jeune fille en pleine adolescence soit aussi soumise aux caprices de l’autre ? Soit aussi incapable de mettre une limite pour défendre son intégrité territoriale physique ou psychique ? Soit aussi parentalisée à savoir qu’elle prenne sur elle les soucis maternels en investissant un rôle parental vis à vis de cet enfant ? Qu’en est-il de sa saine agressivité ? Celle que nous mobilisons pour nous défendre d’une emprise trop violente d’un autre qui cherche à nous écraser de son désir tyrannique. Agressivité ne signifie pas coups et blessures, mais la possibilité d’adopter une attitude verbale claire soutenue par un comportement cohérent.

Cette jeune fille ne se fait-elle pas violence ? Empathie et bon cœur n’est pas synonyme d’inexistence à soi et à son propre désir ! Lorsque c’est le cas, il s’agit plutôt d’une abdication d’un désir propre, du « moi, je veux » pour se soumettre totalement au désir de l’autre, tel l’esclave au tyran.

Mais gare à la révolte de l’adolescente trop soumise qui un jour risque d’éclater en violentant son corps ou son âme, à moins qu’elle ne prenne le chemin de la vengeance inconsciente sur sa descendance.

Le frère de 8 ans

Il fut le premier a attirer mon attention. En effet, déjà en faisant la file pour l’embarquement des bagages il s’amusait à filmer avec une caméra vidéo (je venais d’en voir le prix au tax free: 60.000F…) les différentes personnes autour de lui pour ensuite se les visionner en rigolant.

Rien de mal à cela me direz-vous. Cependant, prise moi-même dans son champ de vision, je ne pus m’empêcher de penser à cette réaction spontanée de certains peuples qui refusent d’être pris en photo car ils craignent qu’ainsi on leur vole un morceau de leur âme. Réaction primaire ? Je n’en suis pas si sûre, prise dans les rets de cet objectif indiscret, j’éprouvais un certain malaise à voir mon intimité fixée sur image pour les yeux d’un inconnu. Même si celui-ci n’a que 8 ans, le sentiment est étrange.

J’aurai sûrement oublié cet incident si un autre survenant plus tard dans la matinée ne me l’avait pas remis en mémoire.

Lors d’un des nombreux déplacements d’un coin à l’autre de l’aéroport nous voilà entassés dans une salle d’attente avec vue sur autobus. La soif se faisant sentir, Mathias, pour lui donner un nom, introduit une pièce de monnaie dans le distributeur de boisson. Mais rien ne bouge, le berlingot attendu se fait désirer ! Mathias commence à secouer l’appareil de plus en plus vigoureusement pour terminer en coup de pieds et de poings. Rien n’y fait, il en est pour ses frais !

Qu’à cela ne tienne, voilà l’enfant qui sort de sa poche un canif opinel doté d’une lame d’au moins 12 cm…Il introduit sa lame dans la fente à monnaie et fourrage à grand bruit.

Peu à peu un petit attroupement de curieux se forme autour de lui, tout le monde semble en admiration pour l’habilité du gamin qui a force d’essais réussit à récupérer sa pièce de monnaie. Petit applaudissement, chacun se rassied et les conversations reprennent leur train.

Mais notre  Mathias, fort de sa réussite continue à secouer l’appareil, aidé de son petit frère qui allègrement donne à ses pieds toute la vigueur possible pour ‘shotter » dans la machine. Pas un mot des parents pour expliquer que cet appareil appartient à quelqu’un et qu’il ne doit pas être saccagé impunément ! Si le père à un moment intervient c’est en disant à l’enfant : « Arrêtes, tu vas abîmer ta lame »…

Cette réflexion ne pointe-t-elle pas une des maladies de notre société de consommation : l’égocentrisme ? L’autre n’existe qu’en fonction de mon projet, dans la mesure où il est utile à Moi, à mon désir. Un monde axé sur l’Avoir ou nous agissons en fonction de notre confort, oubliant trop souvent que l’autre n’est pas un outil dont on peut tirer profit ou un objet encombrant à éliminer mais une personne à respecter dans son Être et dans ses avoirs !

Trois graines de violence

La sœur ainée se fait violence en s’oubliant comme personne vivante et désirante pour se modeler aux caprices du tout petit.

Celui-ci sans vergogne puisque personne ne l’arrête s’installe dans la violence d’un désir totalitaire approuvé et soutenu par le silence , voir la complicité parentale. « Ainsi il ne fait pas de scènes et ne dérange personne »…

Quant à Mathias, sans doute las de se faire réprimander quand il résiste à son tyrannique petit frère, il se rassure en utilisant l’entourage pour y prendre du pouvoir. Que se soit en prenant plaisir à dénoncer l’intimité d’inconnus ou en s’acharnant sur un bien dont il n’imagine sans doute pas un instant qu’il pourrait appartenir à quelqu’un et qu’il faut donc le respecter. Si a 15 ans il s’amuse à briser des cabines téléphoniques on dira « ces jeunes ne respectent plus rien ni personne » A qui la faute ?

Peuvent-ils agir autrement, ces trois enfants, si les adultes ne pensent pas à en faire des «  sujets de droit » qui se respectent et respectent les autres en se soumettant aux règles élémentaires de tout groupement humain ? Peut-être qu’une des sources de la violence d’aujourd’hui est à chercher de ce côté ?

Mots clés: Contrôle Loi Violence Fratrie Désir