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L'an 2000

Le deuxième millénaire arrive à grands pas, fantasmes, projets, projections dans le futur vont bon train. Vers quoi nous entraîne ce qui fut le passé ?
D’où venons-nous ?

Dès début de son histoire terrestre, l’homme chercha, par tous les moyens à améliorer ses conditions de vie. La manipulation du feu et la découverte de la roue furent d’une importance notoire et permirent le développement d’une technologie de plus en plus avancée.

Au début de notre siècle la science connu des grands bouleversements autant sur le plan de la physique que sur celui de la médecine, de la biologie et de la psychologie. La science restait cependant, pour une grande part, centrée sur l’amélioration du bien-être de l’homme .

Puis chemin faisant, la science se développa pour la Science ayant comme but principal de se mettre au service de la technologie. L’engouement pour le développement des connaissances humaines l’emportait doucement sur l’amélioration de la condition humaine. La définition de données constituait la question essentielle de la recherche.

Que constatons-nous aujourd’hui ? Il apparaît de façon de plus en plus évidente que la science se soumet à l’Economie. On ne subsidie que les recherches qui vont rapporter de l’argent…Fini les chaires d’universités destinées à la poésie du Moyen-âge ! Time is money, il n’y a plus de temps à perdre que pour les gros sous. Pire encore, money is time lisait-on récemment sur des panneaux publicitaires. L’argent est devenu l’étalon de mesure de tout ce qui constitue notre vie. Tout est régi par la puissance de l’Economie, nouveau dieu des temps modernes auquel nous devons obéir par l’offrande d’une vie de stress nourrie de maux de dos, de migraines et d’anti-dépresseurs. Notre loyauté à cette nouvelle idole nous pousse à obéir et à nous soumettre aux exigences imposées par la Société de Consommation, grande prêtresse du dieu Economie.

Notre religion s’intitule : le matérialisme.

Et l’enfant dans tout cela ?

Qu’est devenu l’enfance en un siècle de temps ? Rappelons que contrairement aux animaux qui ont des « petits », seul l’humain a des « enfants ». Le terme même par lequel l’enfant se trouve désigné le fait étymologiquement exister en fonction d’un critère éminemment culturel : le langage. Mais paradoxalement, le mot « enfant » vient de infans et désigne étymologiquement celui qui ne participe pas au langage !

Il apparaît au travers des recherches de Philippe Ariès que cet Enfant dont le XXème siècle a fait sa cause, de par une réelle centralisation de la famille autour de l’enfant, est finalement une invention qu’on pourrait dater du XVIIème siècle.

Au début du XXème siècle, l’enfant était considéré comme un adulte inachevé qui n’avait d’autre droit que celui de se taire et de se soumettre à la loi des adultes. L’adulte n’accordait de consistance sociale à l’enfant que pour autant qu’il soit devenu son semblable c’est à dire la copie du modèle que l’adulte représente. Ceci parce que la vision de l’enfance était encore fortement imprégnée de l’idéologie de Descartes qui exclut l’enfant radicalement de l’univers de la Raison perpétuant l’idée de l’imperfection de l’enfant puisqu’il n’est pas encore nanti totalement de ce qui fait la spécificité de l’homme.

Ainsi, jusqu’à la deuxième guerre mondiale les idées de Descartes primaient quoique déjà fortement marquées par la vision des empiristes qui eux, voyaient l’enfant comme une « cire molle, lui attribuant de ce fait une certaine importance de par la reconnaissance de possibles raisonnements de sa part. Néanmoins, l’enfant gardait le statut d’un contre-exemple par rapport à l’image de ce qu’est l’humanité accomplie !

C’est pourquoi, dans les classes sociales aisées, l’éducation était stricte et rigide, l’enfant devait sous peine de ne pas être reconnu, rentrer dans le moule de l’idéologie familiale. Dans la classe ouvrière peu de temps était consacré à l’éducation, il fallait dès le jeune âge s’atteler à une foule de tâches ingrates et pénibles. C’est au sortir de la première guerre mondiale, que les parents des classes sociales moins favorisées se sont battus pour le droit à l’éducation scolaire de leurs enfants.

En ce qui concerne la puissance paternelle, la patria potestas romaine, qui se ramène à un pouvoir absolu, restera longtemps le modèle imprégnant le rapport du père à l’enfant.

La deuxième guerre mondiale terminée, une nouvelle définition sociale de la petite enfance émerge et trouve son plein épanouissement dans la diffusion de la psychologie de l’enfant. Les livres du Dr. Spock se sont vendus comme des petits pains ! L’enfance est donc découverte dans sa spécificité et les études concernant « son développement » prennent de l’ampleur. Celles-ci fournissent en quelque sorte une garantie scientifique à la nouvelle orientation. Parallèlement, vers les années 60 Lewin, avec son concept d’espace vital, implante l’influence et l’importance de l’environnement dans la structuration du développement de l’enfant.

Du même coup, l’enfant s’inscrit dans le cycle de la consommation comme étant un élément pouvant influencer les choix d’achats de ses parents.

Vers les années 80 la psychologie de l’enfant avance à grand pas, le pedocentrisme prend de l’ampleur. L’idée qu’il a une parole propre, qu’il est un être humain à part entière se promulgue et propulse l’enfant dans les filets de la société de consommation. Une pédagogie libérale s’installe qui érige la spontanéité de l’enfant en méthode d’éducation s’imaginant qu’il suffit d’abolir les contraintes pour que l’enfant soit pleinement épanoui. Sous-tendu par le fameux dicton de mai 68 : « Il est interdit d’interdire », le modèle donné comme prévalent n’est plus celui de l’adulte mais celui de l’enfant dans la spécificité de sa différence par rapport à l’adulte. Ainsi, devenu enfant-roi, ce dernier revendique tous les droits et ses désirs font loi ! Voilà qui fera l’affaire de l’économie de marché, s’il est vrai que l’enfant ne détient pas le porte- monnaie familial  l’angoisse d’être de « mauvais » parents rend ceux-ci vulnérables quand aux exigences de leurs rejetons et accorde ainsi à ces chers petits un sérieux pouvoir économique!  Puisqu’ils détiennent le pouvoir de faire dépenser leurs parents, les enfants deviennent une cible privilégiée du marketing dont le but est de focaliser ses actions vers des personnes possédant un pouvoir économique.

Récupérée comme bien de consommation, l’enfance est devenue une valeur monnayable participant, bon gré mal gré, à l’esclavage de l’homme à son maître : l’Economie des gros sous…

Aujourd’hui, un monde de paradoxes !

Ainsi du même coup que l’enfant est libéré d’un statut de sous-être, le voici aussi sec récupéré par le marché de la consommation qui le retransforme en esclave puisqu’il devient une entité économique !

Si, actuellement, l’enfant jouit de protections notamment par rapport à son corps, il n’empêche qu’il se retrouve pris dans un autre réseau  manipulatoire, par exemple : pub à la TV, vêtements de marques signant une reconnaissance sociale, enfin tout ce qui d’une manière ou d’une autre les oblige de participer à un jeu sociétaire dont les règles ne sont pas toujours de leur âge…

Sans parler de la pression exercée par la « réussite scolaire », une des revendications d’un autre dieu contemporain appelé Performance, qui sème la terreur chez celui qui ne répond pas aux attentes parentales elles-mêmes souvent conditionnées par le regard de l’Autre.

Dans ce monde qui se veut « enfants admis », où l’on prône l’individualité propre à chaque enfant voilà que l’on tue dans l’œuf tout geste d’initiative autonome préférant encore pousser dans un buggy un enfant de trois ans plûtot que de risquer qu’il s’éloigne de trois mètres. Dans notre monde « libre » les parents ne peuvent prendre le risque de lâcher, de la main, du regard ou de la voix, leur descendance.

Et en plus de tous ces paradoxes, nous voilà de plus en plus prisonniers, enfants comme adultes, de notre savoir et de notre illusion qu’il nous faut tout pouvoir, tout avoir sous contrôle. Quel leurre ! Mais trop d’adultes perdre leurs forces et consommer moultes drogues pour calmer leurs angoisses. Les enfants pour leur part se voient prescrire de la Relatine pour enrayer un nouveau syndrome : l’hyper kinésie. On ne parle plus que de cela, de ces enfants qui ne tiennent plus en place ! N’est-il pas plus facile de les doper avec une drogue que de réfléchir sur le phénomène de société qu’ils dénoncent à corps et à cris ?

Il me tient à cœur de dénoncer un autre paradoxe de notre fin de siècle. Il paraît évident que notre époque semble rencontrer en l’enfant sa cause. L’enfant est un individu à part entière, pour cette raison il a droit à « des droits ». Eh oui ; les droits de l’enfant à fait couler bien d’encre et permet de tenir des beaux discours. Ce que je constate, moi, qui ai la chance de voir quelques enfants m’exprimer leurs soucis, c’est que ne sachant comment exprimer leurs désarroi face à une situation difficile, ils ne trouvent comme seul justificatif : « Mais j’ai le droit… » Comme si avoir des droits c’était pouvoir faire tout ce que l’on a envie, tout ce vers quoi notre Désir nous pousse…

Loin de moi de remettre en question les droits « renforcés de l’enfant » de la Convention relative aux droits de l’Enfant, à savoir le droit à une protection, le droit à des soins et le droit de participer, le droit à la liberté, mais ce bombardement de avoir droit aux droits, met les enfants dans une position inconfortable et cornélienne. Je m’explique. Celui a qui l’on reconnaît des droits doit veiller à ce que l’on les respecte, rien de plus logique.

Il se fait que de plus en plus souvent nous nous trouvons confrontés à des enfants en souffrance parce qu’ils sont « parentalisés ». Que signifie ce mot barbare ? Tout simplement ces enfants sont obligés de prendre des décisions à la place de leurs parents car ceux-ci craignant être pointés du doigt comme parents abusifs n’osent plus prendre de décision au nom de leur parentalité. Au nom de leurs droits voilà les enfants confrontés à devoir décider du menu du soir, choisir la destination des vacances, opter pour la meilleure l’école à fréquenter, voire à réfléchir à quel investissement l’argent de poche parental sera destiné…L’enfant parentalisé est celui dont on attend des gratifications, qui doit remplacer le parent que l’on a pas eu, qui doit être un adulte avant l’âge.

En oubliant que le droit élémentaire de l’enfant est d’avoir droit à l’enfance, c’est à dire à avoir des adultes qui faisant leur devoir protègent et éduquent, nous mettons les enfants en position d’avoir à défendre leur droits au nom de… ? De l’adulte qui les lui a conféré ! L’enfant est responsabilisé de veiller au respect de ses droits, Quelle inversion de rôles. Ne faudrait-il pas faire un peu plus de publicité à la notion de responsabilité parentale qui veillerait à la protection, la santé et la liberté cadrée des enfants ?

Quelle issue pour demain ?

A cette question revient en mémoire la phrase si connue de Malraux : « Le XXIème siècle sera spirituel ou ne sera pas. ».

A nous de ne pas tuer l’enfance de l’humanité en en faisant de la Performance et de la Consommation des valeurs premières.

Et si cette spiritualité renvoyait à une manière spécifique de regarder, d’aborder le monde ? A la manière des enfants ? Avant d’atteindre l’age de raison, l’enfant a un rapport au monde bien différent du nôtre. Il l’observe, il lui parle car une feuille ou un chat ont, pour lui autant de conscience qu’un humain, il ne se sent pas le maître de la création.

La simplicité et l’humilité d’un regard d’enfant freinera l’orgueil de l’humain qui défiant le paradis perdu croit pouvoir démanteler tous les secrets de l’arbre de la Connaissance. Tornades, tremblements de terre, maladies foudroyantes ou incurables ou tout simplement la mort sont là pour nous ramener à plus d’humilité, ce n’est pas demain que nous nous rendrons maîtres de la nature et cela malgré nos bébés éprouvette nos super robots et nos puces dans le cerveau… Se prenant pour un dieu par essence est immortel, l’homme oublie, quand il ne la renie pas en la déboisant ou en la polluant « à mort », que dame Nature nous enseigne les valeurs simples.

Pourquoi, tel l’enfance ne pas nous accommoder de légèreté, voire de désinvolture voire même parfois d’une forme d’imprudence. Il ne s’agit là en aucun cas de négligence, l’homme ne doit pas transiger sur l’essentiel. Pour échapper à l’engloutissement dans la bouche gourmande de la Consommation qui n’a qu’une idée c’est de nous vider de notre humanité pour faire de nous des robots soumis à tous ses désirs, pour lutter donc contre cette mort lente, restons fidèle à nos valeurs culturelles et morale, à une évolution qui tend sans relâche vers un élargissement de l’être et de la pensée, vers une bonté d’âme.

Rejetons ce sentiment d’impuissance qui nous fait dire « A quoi bon lutter, on n’y changera rien » Il n’y a pas de morale de la négligence, il n’y a dans la complaisance lassée ou dans l’oubli volontaire de nos idéaux qu’un lâche abandon à la vulgarité et à la violence.

L’émerveillement de l’enfance qui nous habite tous, mais que trop souvent par fausse pudeur nous ne laissons pas paraître, est sans doute une porte de sortie de ce monde qui sombre dans le blasé, l’ennui, la violence sans sens, la solitude  et ce malgré tout ce qui s’invente pour nous occuper ou nous distraire de ce qui devrait être notre vrai préoccupation : découvrir la légèreté de notre être grâce à notre richesse intérieure… et ce par le moyen de l’Amour.

Mots clés: Enfance Argent Individualisme Valeurs Culture Mensonge Désir