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L’incontournable et nécessaire différence

« Avec des jumeaux, on a toujours l’impression de ne pas être à la bonne place ! Quand je donne à l’un, je me culpabilise de ne pouvoir donner, au même moment, la même chose à l’autre » Pour des parents, s’efforcer à donner la même chose à chacun de leur enfants, à ne pas faire de différence, quoi de plus naturel ! Pour les parents de jumeaux cette évidence s’impose de façon encore plus cruciale puisque en toute logique, un même âge appelle des besoins, nécessités, envies ou désirs identiques.

Couper la tarte…Quelle angoisse !

Que de parents craignent le moment crucial du dessert où, d’un regard inquisiteur, les enfants observent le partage et jaugent la taille de chaque morceau distribué…

« Tu vois, Maman, c’est toujours la même chose, s’écrie Jean, le plus petit morceau il est toujours pour moi ! » Cette phrase, couramment citée par l’aîné, désespère sa mère qui , depuis la naissance de Juliette, s’ingénie à ne pas faire de différence.

Et si ce n’était que la tarte ! La même discussion, le même stress surgit lorsqu’il s’agit de remplir les verres de jus d’orange, de choisir un jeu et que sais-je encore. Jean trouvera toujours un moyen pour culpabiliser sa mère concernant ce qu’il aura reçu de moins ou de moins bon ou de moins joli.

Plus il réclame, plus ses parents s’acharnent à égaliser les parts, craignant que Jean s’imagine être moins aimé ; ils se désespère de cette éternelle revendication qui ressemble à un trou sans fond.

Eviter la différence, quoi de plus naturel.

Ce qui est différent nous fait peur. Pourquoi ? Dés notre naissance le besoin de tendresse, de réassurance quant à la sécurité du monde dans lequel on vient d’atterrir, nous pousse à la recherche d’équilibre, de stabilité, de semblable. Cette quête trouve son origine dans l’incapacité, pour l’enfant, à supporter la solitude. S’il lui manque la protection maternelle et une tendresse considérable pour le sécuriser, solitude devient synonyme d’abandon et donc de mort. Pour cette raison, les parents s’attachent à assurer une bonne sécurité de base à l’enfant en donnant avec régularité et constance ce dont l’enfant à besoin. Pour lui ce sentiment de recevoir ce qu’il attend garantit sa reconnaissance du droit d’exister et d’avoir une place dans la famille, donc dans la société.

Eduquer, c’est aussi introduire à la Loi de l’Incertain

Pour cette raison, afin de rassurer, d’éviter l’angoisse d’abandon et l’incertitude face à l’avenir, les parents s’efforcent d’offrir à l’enfant de la mêmeté, des situations identiques afin qu’il ait des points de repères stables. Par conséquent, dans les premiers temps de l’enfance ils essayent de ne pas confronter l’enfant à trop de situations différentes.

Il n’empêche, dans toute vie, la différence est un paramètre incontournable car elle seule permet l’évolution. Qui dit évolution parle d’inconnu. Le connu c’est l’assimilé qui rassure tandis que l’inconnu renvoie au différent qui réveille l’angoisse… L’inconnu est incertain puisque c’est nouveau !

Certains caractères seront plus enclins à s’accrocher au connu, d’autres seront tentés par l’incertain. N’empêche chez tout un chacun, sauf situation pathologique, si notre désir de vie souhaite être rassuré par de la constance, ce même désir est épris d’aventures. Il pousse le bambin à dominer sa peur et se mettre debout, pour ensuite échapper au rassurant contrôle de la main parentale en s’élançant avec des cris de joie sur son vélo. L’ado tentera des expériences bien différentes du vécu « des vieux » ; l’adulte osera fonder un foyer ou changer de boulot, quoi de plus incertain !

Revenons-en aux morceaux de tarte.

Gérer et aider à assumer la différence c’est avant tout accepter que l’humain ne peut tout contrôler, qu’il faut accepter la loi de l’incertain.

Quoique vous fassiez, les morceaux de la tarte ne seront jamais exactement les mêmes. Si vous accordez trop d’importance à l’attribution de parts égales, l’enfant en déduira qu’il s’agit là d’un problème essentiel. Puisque la différence est, aux yeux de l’adulte, dangereuse et néfaste et l’enfant surveillera, avec une attention encore plus soutenue que la veille, à ce que « tout soit pareil pour tous » Tâche impossible et donc angoissante.

Notre tâche n’est-elle pas plutôt de les rassurer sur l’incontournable existence de cette différence ? Puisqu’elle fait partie de la vie de tous les jours autant s’y plier plutôt que de la combattre tel Don quichotte contre ses moulins.

Les parents de Jean pourraient, par exemple, lui dire : « Eh oui, sans doute aujourd’hui as-tu le morceau le plus petit, mais sans doute ce soir  aura-tu le meilleur bout de viande à moins que ce soit moi celle dont le verre de jus d’orange qui sera le plus plein ! C’est la vie. Personne n’a jamais la même chose que son voisin et tant mieux sinon nous serions trop ressemblants et le monde serait ennuyeux. «

L’humanité est riche de sa différence. D’ailleurs, ce n’est pas la différence qui est dangereuse mais plutôt l’intolérance par rapport à celle-ci ! Lorsque nous ne savons pas la respecter, lorsque nous nous ingérons dans le territoire de l’autre pour exiger qu’il ressemble à notre image, à notre projet, nous faisons acte de violence…

Mots clés: Education Pédagogie Angoisse Différence