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Le poids des remarques

Depuis très petite, Rose, 12ans, quatrième de six enfants, ne trouve pas sa place dans la famille. Il y a deux ans, ressentant la vie familiale comme une chape de souffrance, pleurant trop souvent, elle choisit d'aller en internat. Depuis lors, elle se sent mieux.
Hélas, cette année à nouveau, les vacances à peine entamées d'une semaine, voici notre Rose submergée de tristesse, voire de désespoir, face à la vie.
Ecoutons-la: "Au début, je suis contente d'être à la maison mais très rapidement tout devient comme avant,  je me sens de trop, personne ne m'aime car aucun ne veut jouer avec moi. Tout est toujours de ma faute. Maman dit: lorsque je suis absente tout se passe bien , personne ne se dispute. En plus dès que j'ouvre la bouche pour dire quoique ce soit, Maman me dit: " Tu dois parler plus gentiment!"
En approfondissant sa réflexion, Rose constate éprouver de grandes difficultés à s'occuper seule. Sans cesse elle recherche la compagnie des deux petits et ne peut s'empêcher de faire, à leur égard, des remarques désobligeantes. D'où cris des petits, interventions régulières d'une maman exaspérée renvoyant à Rose certaines remarques cinglantes du genre: "On était mieux sans toi!" ou "Quand tu est absente, il n'y a aucun problème." ou encore "Tu ne peux t'imaginer comme tu est agaçante" etc... Ces commentaires, parfois repris en coeur par toute la famille, désespèrent Rose et la font douter de son envie de vivre.
Pourquoi Rose, tout en se plaignant qu'aucun des grands ne veut d'elle, ne peut-elle s'empêcher de se mêler de façon perturbante aux activités des plus jeunes?
Retraçons son histoire personnelle. Dès sa naissance, certains symptômes physiques inquiétants, obligeaient sa mère à garder constamment  un oeil attentif mais empreint d'alarme, sur cette enfant. Or, nous savons d'expérience, que toute relation trop proche, trop duelle quoique chargée d'énormement d'amour, entraîne immanquablement des sentiments contraires. La mère de Rose se souvient avoir été, malgré elle, souvent excédée par cette enfant trop dépendante, trop envahissante, étouffante à force de trop de présence. Rose, à son tour, se rappelle: " Depuis toujours, Maman me fait des remarques pas gentilles. Elle me reproche de ne pas savoir les laisser jouer les petits tranquillement, d'envahir leur espace, mais elle aussi, sans cesse me poursuit, me cherche et trouve sans arrêt un reproche à formuler. Et avec quel ton! Depuis toute petite, les pires souvenirs sont les retours de l'école, elle s'asseyait alors à mes côtés toujours insatisfaite et critique à l'égard de mes résultats. Maman n'a jamais été contente de moi!"
Rose prend un temps de silence, réfléchit intensément, puis soudain ses yeux s'illuminent: " Mais j'agis envers les petits comme Maman a fait avec moi! Je rend ce qu'on m'a fait mais pas au plus âgé. C'est normal, à ma mère je n'oserai faire des remarques désagréables alors je "cherche" les petits pour me débarrasser de tout ce fâché éprouver vis à vis de ma mère."
La mère, émue, regarde sa fille, effectivement, cela tombe sous le sens, sa fille n'est ni mauvaise, ni méchante, encore moins haineuse à l'égard de sa mère ou des autres membres de la famille; simplement, elle cherche inconsciemment à se dégager d'une souffrance destructrice et cela avec les moyens à sa disposition... les plus petits qu'elle! Soulagement. Au travers des larmes timides renaît un regard de connivence entre mère et fille.
" J'ai toujours eu " dit la mère, "l'impression de ne pas être aimée par Rose tant elle faisait tout pour m'exaspérer." Cette fois la gamine fond en larmes en disant: "Mais non Maman tu sais comme je t'aime, l'insupportable pour moi sont tes remarques blessantes."
Je peux comprendre," continue lentement la mère, " je peux tellement bien te comprendre, j'ai été comme toi terriblement blessée par les continuelles remarques négatives de ma mère. Dernière d'une série de quatre enfants je me sentais de trop. Que de fois n'ai-je entendu ma mère me dire qu'elle se serait bien passée des soucis que je lui occasionnais. Que de fois n'ai-je pensé au suicide à force de me sentir de trop. De cette immense souffrance, je n'en ai jamais parlé à personne, je l'ai toujours tenue secrète." termine la mère s'adressant, à sa fille,  sur un ton de reproche .
" Moi, mon envie de mourir, je ne peux m'empêcher de la dire." réplique Rose d'une voix timide.
Pourquoi la mère, malgré toute sa compréhension de la souffrance de Rose, lui reproche-t-elle d'extérioriser son désarroi, sa détresse? Il est toujours malaisé de voir agir quelqu'un d'une façon différente de celle que l'on s'autorise.  
Enfant, la mère de Rose , n'aurait jamais oser manifester à son entourage un quelconque chagrin ou désaccord. Elle se souvient accuser, coup après coup, des remarques désobligeantes, pliant sous le poids de celles-ci mais s'efforçant de montrer un visage souriant, d'afficher une attitude "de faire semblant que tout va bien, tout le monde est gentil, je suis heureuse..."Remontant l'histoire familiale, Rose apprend de la bouche de sa mère, une souffrance assez identique chez sa grand mère. Celle-ci aurait suscité peu d'intérêt positif auprès de sa propre mère mais à toujours considéré ce fait comme sans importance tout en adoptant la même attitude avec sa fille cadette!
Pourquoi, à l'encontre de sa mère et de sa grand mère, Rose ose-t-elle manifester, par un comportement plaintif et dépressif, sa désespérance psychique? En premier lieu, se cumulant d'une génération à l'autre, le poids des remarques se fait de plus en plus lourd, ne l'oublions pas; la souffrance n'en est que plus aiguë. En deuxième lieu, exprimer publiquement sa souffrance suppose avoir un certain espoir d'être entendu. Si Rose ose manifester, par divers symptômes, son questionnement sur l'envie de vibre, cela prouve qu'elle se sent suffisamment aimée pour prendre ce risque. Sa mère à elle, ne l'a pas pris, préférant camoufler sa détresse afin, sans doute, de ne pas se sentir encore plus éloignée de sa mère. " Seules, les paroles plaisant aux adultes pouvaient être prononcées. Aucun de nous n'aurait eu le toupet d'énoncer une remarque ou une critique à l'égard de l'ambiance familiale." nous explique la mère de Rose. En d'autres mots, ces enfants se sentaient aimés à 50% c'est à dire seulement dans tout ce qu'ils avaient à dire de leur  bonheur.
Pour Rose, malgré le lourd fardeaus de remarque dont elle doit se dégager les épaules, l'avenir porte son nom. En effet, se sentant aimée à 100% c'est à dire acceptée tant au travers de ses dires agréables et moins agréables, elle à le culot d'être difficile, de parler de suicide et par conséquent d'être entendue par ses parents, et aidée.