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Mal aux jambes, mal à grandir

Après avoir écarté toute causalité physiologique à « des douleurs dans les jambes », il est utile de s’interroger sur le sens de ce symptôme. Les enfants se plaignant, à un moment de leur développement, de douleur aux jambes sont plus nombreux qu’on ne le pense.

Ann-Louise

Ann-Louise a maintenant 4 ans. Elle a un caractère bien trempé et cela occasionne régulièrement des scènes violentes entre mère et fille. Contrairement à l’aînée, cette enfant se montre parfois très butée et paradoxale. D’un côté elle ne veut en faire qu’à sa tête et d’un autre côté, elle refuse de prendre des initiatives personnelles. Toute son énergie passe dans une opposition face à ce qui lui est proposé. Sa mère est déchirée entre des sentiments de profond agacement et d’inquiétude car elle sent la petite malheureuse. Ann-Louise rit très peu, pleure beaucoup et se plaint sans cesse d’avoir mal aux jambes.

A quoi donc nous servent-elles nos jambes ?

Les fonctions essentielles de nos jambes sont de nous porter et de nous accorder plus de mobilité. Elles permettent d’accéder à l’équilibre vertical, celui qui offre une emprise plus large et plus rapide sur le monde environnant. Ainsi grâce à nos jambes nous acquérons une plus grande autonomie. Quelle jubilation ne retrouve-t-on pas, dans les yeux des petits, lorsqu’ils découvrent qu’ils peuvent se déplacer comme les grands et ne sont plus, par conséquent, soumis entièrement à la loi de l’équilibre horizontal, celui où l’on ne peut se déplacer que si l’on est porté !

Partir à la conquête du monde c’est aussi partir à la découverte de ce qui est extérieur au corps intérieur qui constitue MOI. L’intérieur se positionne en JE, l’extérieur c’est l’autre, celui que l’on nomme TOI. Les jambes sont donc les membres de notre corps qui nous amènent à nous individualiser, à aller vers l’autre et ne pas devoir rester en position d’attente que l’autre vienne à moi.

Mais aller vers l’autre c’est aussi pouvoir me déplacer pour l’agresser ! Pour prendre ses affaires, pour fouiller dans son sac, pour lui donner un coup de pied… Les jambes peuvent donc aussi être un instrument de pouvoir, d’emprise sur l’autre !

Parallèlement à l’acquisition d’une plus grande indépendance, le petit enfant part à la découverte de ce qui est permis et ce qui ne l’est pas. L’enfant va s’attaquer au territoire, aux objets appartenant aux parents ou à leur corps. Malheur aux adultes qui se laissent faire ! Pour rassurer leur enfant sur son droit de grandir sans mettre l’autre en danger, ils ne doivent pas se laisser manipuler comme des objets mais se positionner comme sujets prêts à défendre ce qui leur appartient. A montrer qu’eux aussi ont des jambes ! Non pas pour rendre des coups de pied, bien sûr ! Mais pour se déplacer ou mettre l’enfant à distance si celui-ci ne respecte pas les limites.

Les jambes d’un enfant grandissent !

Qu’il le veuille ou non, l’enfant sent qu’une sève incontrôlable le pousse vers les cieux, qu’il grandit. Et que, le temps s’écoulant, il atteindra la taille des adultes qui l’entourent... Lorsqu’il a un caractère fort, et qu’il se retrouve face à des parents qui ont du mal à gérer son tempérament désirant et volontaire, l’enfant peut développer une peur de grandir physiquement. «  Si mes jambes deviennent  encore plus grandes et plus fortes, mon cœur et ses idées seront encore plus forts ! Et cela rendra maman encore plus fâchée sur moi et moi je serai encore plus triste de pas être aimée » s’imagine peut-être Ann-Louise. Et l’enfant d’angoisser face à l’idée de mettre ses parents complètement « à sa botte »… et donc d’être encore rejetée. Ainsi, parfois, les jambes font mal…car elles ont peur.

Que cache ce « mal aux jambes » ?

Ann-Louise a peur de grandir. Déjà, aujourd’hui, avec la force de ses 4 ans elle exaspère sa mère. Qu’en sera-t-il quand elle sera encore plus grande ? Alors elle fait tout ce qu’elle peut pour rester petite. Elle « se bouge » le moins possible et se « laisse porter » dans la vie quotidienne c’est à dire qu’elle refuse de s’habiller, d’aller chercher le courrier dans la boîte à l’entrée du jardin, etc. Elle choisit de rester dans un équilibre aussi horizontal que possible ! Celui du bébé. Elle veut rester « petite » et le dit clairement. Elle veut que ses parents gèrent tous les petits faits quotidiens de sa vie. Que ce soit chercher ses pantoufles qui ne sont pas à leur place habituelle ou de la laver au bain ! Si d’un côté, elle demande à l’adulte de s’occuper de tout, dans la foulée d’un autre côté, elle sent mourir en elle sa belle force vitale puisqu’elle ne « fait » plus rien. Cela la rend triste et déprimée.

Mais que choisir ? Grandir et devenir encore plus dangereuse et décevante pour sa mère ou en restant petite, se laisser mourir à petit feu? Les jambes font mal, elles ne savent pas si elles peuvent grandir ou s’il faut lutter contre la sève qui monte.

Réaction paternelle

Le père d’Ann-Louise n’est plus d’accord avec le refus de grandir de sa fille. Aussi la première chose à faire est de se faire respecter, lui ! « Non, je ne serai plus son esclave, dit-il, fini de la porter parce que mademoiselle ne veut ni monter, ni descendre les escaliers, ni marcher 100 mètres dans la rue. Il faut que je la rassure que devenir autonome ne va pas lui donner sur nous un pouvoir destructeur. Nous avons été un peu déboussolés par son caractère tellement plus opposant que celui de sa sœur aînée et… nous nous sommes laissés faire. Nous avons plié à ses demandes mais en nous exaspérant. Maintenant tant pis si elle ne met pas sa place à table, c’est qu’elle n’a pas faim et elle ne mangera pas ! Elle n’en aura que meilleur appétit au repas suivant.. »

Au fil des semaines, le sourire est revenu de plus en plus souvent éclairer le visage d’Ann-Louise. Elle a, bien sûr, piqué quelques colères lorsque les parents manifestèrent leur refus de continuer à faire tout à sa place. Mais avec le temps, elle ose prendre des initiatives et apprend à accepter que tout n'aille  pas tout de suite comme elle l'entend.

Chemin faisant, elle avance pas à pas, sur des jambes de moins en moins douloureuses.

 

Mots clés: Père Corps Souffrance Grandir