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Mourir oui mais de mort lente

Nous sommes tous amenés à mourir un jour. Souvent, la mort nous prend à l’improviste, « quand notre heure a sonné », mais la raison du sonneur nous reste inconnue ! Si le débat sur l’euthanasie cherche à trouver un chemin légal pour arrêter volontairement le cours d’une vie, lorsque celle-ci semble irrémédiablement vouée à n’être qu’un lit de souffrances physiques, la mort volontaire par suicide est sans doute résultat d’un échec.

Suicides : état des lieux.

Il y a quelques semaines paraissait sous cette rubrique le récit d’une jeune fille qui, se sentant incomprise et sans communication réelle avec les adultes de son entourage, décida de mettre fin à ses jours. Cet article relatait la désespérance de ces jeunes qui ne savent plus qui ils sont lorsque rien ne les relie à un idéal porteur de vie, parce que aucune valeur intrinsèque ne donne sens à leur existence.

En Belgique, les chiffres de suicides et des tentatives sont particulièrement élevés. En région bruxelloise, on n’est pas loin d’un décès de suicide par jour. Comment ignorer, quand on aborde ce sujet, le suicide des jeunes. Une enquête datant de 1996 cite des chiffres alarmants : 34,38% d’adolescents bruxellois entre 12 et 19 ans ont déjà pensé au suicide et 24% d’entre eux ont fait une tentative de suicide. Soit chaque jour, 2 à 3 ado font une tentative de suicide et un quart récidivera…Sans compter tous les appels au Centre Antipoison pour ingestion de produits toxiques sans qu’il y ait eu hospitalisation pour autant. S’agit-il toujours d’êtres abandonnés, solitaires et sans communication avec leur famille? Le cas de Jacques semble d’un tout autre ordre.

Jacques : mort par excès d’idéal ?

Si, par sentiment d’abandon ou de solitude, certains jeunes commettent le geste irréparable, tous les suicides de jeunes n’ont pas cette causalité. Je pense à un jeune homme de 22 ans, bien de sa personne, sympa, entouré d’une famille ouverte et de parents très à l’écoute des demandes de leurs jeunes. Une famille où l’on discutait ferme, la communication et les idéaux de vie ne manquaient pas. Au contraire depuis leur tendre jeunesse, les parents avaient stimulé leurs enfants à se forger des buts de vie et ils mettaient tout en œuvre pour que les aspirations se réalisent.

Bon boy scout, depuis sa tendre adolescence, Jacques avait un idéal d’avenir :participer activement à la préservation du potentiel forestier mondial. Dans ce cas, des études d’ingénieur agronome semblaient toutes indiquées, me direz-vous. Oui, bien sûr, mais la discipline à l’école n’étant pas le fort de Jacques, celui-ci se retrouva rapidement en professionnelle direction mécanique. Il devint un membre de plus de la Bof génération, n’empêche, il gardait bien vivant et présent dans son discours quotidien, la question des forêts dans le monde.

Les études terminées, il chercha du travail. Il tenta l’un ou l’autre boulot mais n’y restait pas longtemps, n’y trouvant aucun plaisir. Habitant chez ses parents, ceux-ci continuèrent à le soutenir, à rêver pour lui d’un avenir meilleur. Or un jour, à l’effarement et au désespoir de tous ceux qui entouraient Jacques, ils le retrouvèrent pendu dans sa chambre.

Dans un contexte aussi chaleureux, comment un jeune peut-il mettre fin à ses jours ? Un fait certain, à pareille question, personne ne détient la réponse, Jacques non plus je pense, sinon il n’aurait pas commis l’irrémédiable. Il a traversé une crise d’identité mais s’est noyé avant d’arriver sur l’autre rive…

Suicide : un état de crise ?

Nous naissons doté d’un désir fondamental, celui de vivre, de survivre aux difficultés de vie se présentant à nous. Que se passe-t-il chez un être humain pour que ce désir de vie soit à ce point contrecarré qu’il fasse place à un désir de mort ? Sans doute l’impossibilité de trouver les moyens de dépasser l’état critique.

Qu’est ce que une crise ? Elle survient comme une rupture dans l’enchaînement causal des faits. Une crise interrompt brusquement le cours de la vie et touche l’individu dans son fondement :la compréhension de son être. Dans cet état, la personne se trouve confrontée à l’obligation de réaliser une tâche impossible et pour comble, cette réalisation devient primordiale pour exister. Et si pour Jacques, une soudaine impossibilité d’attendre ou d’imaginer un chemin pour réaliser son idéal écologique, lui avait soudain fait entrevoir sa vie comme un échec total ?

Dans le cas de Jacques on peut imaginer son suicide comme un passage à l’acte survenu parce son vouloir, son idéal ne pouvait se transformer en possibilité. Sa déception s’est révélée à la mesure de l’idéal projeté, l’image de son identité actuelle était devenue impossible à supporter. Ainsi certains jeunes tellement déçu de l’image qu’ils ont d’eux-mêmes ne supportent plus un beau matin de se regarder dans la glace. Quand ils ne « peuvent plus se voir », quand ils ont cesser de rêver, quand ils souhaitent voir se réaliser leur rêve, quand la concrétisation du projet n’aboutit pas, ils peuvent soudainement décider d’en finir.

Des crises, nous avons tous à en traverser une série avant de terminer nos jours, surmonter un état critique, s’apprend ce n’est pas inné ! Apprendre à surmonter des déceptions tout en gardant une image positive de soi-même est un des points les plus délicats dans l’éducation d’un enfant. Pour ce faire, l’adulte recherche une attitude éducative, équilibre jamais acquis pour autant, où d’une main il soutient et de l’autre abandonne. Obligeant ainsi l’enfant, le jeune à puiser dans ses propres ressources la possibilité de surmonter un échec ou une déception.

Accepter la loi de l’Incertain

Dans notre culture sociétale qui veut « tout, tout de suite, comme je veux, quand je veux » il n’est guère aisé ou bien vu de laisser quelqu’un apprendre à accepter la Loi de l’Incertain. L’adulte se sent très démuni ou coupable de confronter l’enfant à la réalité qui sépare ce dernier de son idéal rêvé. L’heure est plutôt de stimuler l’illusion que tout se contrôle, que tout est possible, que l’homme dieu est né, maître du déroulement de la vie. Même si le moindre tremblement de terre nous rappelle à notre petitesse et à notre impuissance, le discours politique, économique glorifie la venue de la toute puissance de nos désirs, s’illusionnant que la déception est obsolète..

Un message essentiel est escamoté :la vie est un cadeau, l’essence de celle-ci n’est pas entre nos mains… elle est donc jour après jour, heure après heure incertaine. Pour réussir sa vie, il n’y a pas qu’un seul chemin, celui que nous avons programmé…il y a tout ceux de notre bonne volonté avec ses échecs et ses réussites, chemins insoupçonnés ou surprenants qui nous mèneront vers notre but. N’est-il pas important de préparer nos enfants à cette réalité bien réelle et incontournable ?

Le cocooning a beaucoup de bon, mais force nous est de constater que trop de prévenance, d’empathie, de soutien est peut être aussi fragilisant que le contraire.

Y a-t-il des solutions ?

La solitude, l’exclusion sociale, le stress, l’éclatement familial, les différentes formes de violence, l’inégalité et l’injustice sociale sont une série de paramètres qui suscitent le mal-être, des dépressions ou des angoisses poignantes chez les jeunes actuellement. Ces écueils sociaux, familiaux ou individuels aboutissent parfois, malheureusement trop souvent, et de plus en plus souvent…à des envies d’en finir.

S’il est urgent qu’au niveau des instances publiques des dispositions doivent être prises contre ce fléau, ne pouvons-nous pas, chacun de nous, avoir un impact sur les jeunes que nous rencontrons ? Pour certains ce sera l’apport d’une oreille attentive, d’une compassion, d’une empathie, d’un sourire encourageant aidant à remettre un processus vital en route. Pour d’autres, se sera de ne pas craindre de mettre les jeunes face à certaines réalités afin de les aider à comprendre et accepter qu’une route contre carrée n’est pas synonyme d’échec de vie, qu’un idéal peut en cacher un autre. Les déceptions ne sont-elles pas le lot de nous tous ? Elles ne devraient pas ternir l’image de nous même, en tout cas pas de façon irrémédiable. Pour d’autres encore se sera d’initier aux valeurs intrinsèques que sont la Bonté, la Justice, la Beauté et la Vérité. Une valeur est une idée qu’on se fait de ce qui est souhaitable et comme du choc des idées jaillit l’étincelle, une idée nouvelle peut amener à réaliser une valeur souhaitée !

Face à un suicide, chercher à comprendre n’est pas d’emblée chercher le coupable ou pleurer la fatalité mais accepter de s’incliner devant l’incertain auquel nous confronte d’ailleurs tout être humain, libre de vouloir vivre ou mourir aujourd’hui ou de mort lente.

Mots clés: Mort Echec Identité Idéalisation