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Nourrir l'adulte

C'est maintenant chose connue et reconnue, l'enfant en naissant à besoin de toutes sortes de nourritures.
De lait, certes, mais aussi il souhaite être gavé de regards tendres. Son oeil cherche à savourer les sourires suscités par sa présence; son nez se gloutonne d'odeurs d'amour; ses oreilles aiment être abreuvées de paroles accueillantes; son corps entier a soif de caresses. Bébé goûtant à ces agapes de douceurs, apprend, pas à pas, à apprécier le sel de la Vie.
Hélas, tous les bébés ne rencontrent pas ce bonheur. Pour certains, l'aigre l'emporte sur le doux. A moins que naissant, par exemple, d'un couple en déroute, l'amer prime; pour d'autres, accueillis dans l'indifférence, la vie leur paraîtra fade. D'autres encore, auront à avaler la dure pilule de l'abandon matériel ou psychique. Depuis toujours, nombres d'enfants nés dans un contexte de stress, de guerre ou autres circonstances dramatiques ont eu à se contenter de miettes d'amour en attendant des jours meilleurs pour apaiser leur soif d'affection.
Ces jours meilleurs viennent parfois au moment où, devenu adulte, cet enfant sevré d'amour, se retrouve parent à son tour. Souvent, la vie nous met en face de tels adultes. L'autre jour, une femme attendant le départ d'un avion, s'assit en face de moi. Son regard un peu figé, ses yeux remplis de vague soulignaient un visage triste. A côté d'elle, assis sur sa valisette, un garçonnet âgé de plus ou moins 7ans, observait les alentours d'un regard atone. Rien dans
leur comportement ne trahissait l'ombre d'une dispute, rien non plus, ne signalait la légèreté d'une éventuelle complicité.
Soudain, la mère murmure: "Donne-moi un baiser." Le ton était gentil mais distant, un ordre poli. Seul mouvement du corps maternel: tendre la joue. L'enfant y déposa un baiser tout en regardant ailleurs. L'attente de l'avion se faisant longue, cette scène se répéta plusieurs fois, pareille à la première.
Cette séquence de vie n'a rien d'extraordinaire, grand nombre d'enfants sont appelés, d'une façon parfois flagrante d'autres fois beaucoup plus subtile, à nourrir d'affection les adultes les entourants. En effet, un adulte sevré d'affection, se retrouvant père ou mère, est naturellement enclin à faire appel à cette descendance pour pallier aux manques infligées par l'ascendance. Est-ce préjudiciable pour l'enfant?
Après tout, souvent, en demandant de l'amour on en donne! Cet appel d'amour, l'enfant y trouve son compte à condition toutefois de se sentir suffisamment aimé pour avoir la force de dire NON quand il sent qu'on lui en demande trop. Ce refus est rendu possible si l'enfant se sent accepté par l'adulte lorsqu'il manifeste de l'opposition ou engage un conflit? Aux yeux de l'enfant, cette attitude parentale est une réelle preuve d'amour et de respect  à son égard.
L'enfant entrevu, le temps d'une attente d'avion, ne semble pas s'autoriser à refuser de distribuer les baisers réclamés. Il donnait l'impression de fonctionner comme une machine à bisous; or en devenant une machine ne perdons-nous pas l'essence même de notre humanité, à savoir : le désir? Qui sait, peut-être cet enfant sent-il sa mère trop fragile pour affronter le vide d'affection provoqué par une machine à bisous tombée en panne? Peut-être n'a-t-elle pas réussi à faire le deuil d'une nourriture jamais reçue de qui de droit.
Souvent, les baisers implorés ou exigés aux enfants ne sont qu'un palliatif d'une souffrance venue d'ailleurs. Mieux soigner la plaie que de demander à l'enfant d'en être le cataplasme!