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Oserai-je encore raconter des contes

"Dois-je encore raconter des contes?" se demande une maman après avoir observé ses deux enfants âgés respectivement de 4 et 6 ans.
Elle les surprend en grande conversation. La plus grande dit au petit: " Tu connais l'histoire de Melissa? Elle morte de faim. Elle a été enfermée dans un trou par un vilain monsieur. Un monsieur comme un ogre, il les met dans une cage pour les manger. Les parents ont été très tristes et ils ont cherchés partout pour trouver les enfants". "Oui," répond l'autre, " C'est comme dans l'histoire que maman raconte parfois. Quand la sorcière a allumé le feu en dessous de la bouilloire pour cuire les enfants. Mais ici les deux petites filles sont mortes de  faim car le monsieur ne leur a rien donné à manger."


"En les entendant parler de la sorte, je me suis rendu compte que le drame des deux fillettes était, aux yeux de mes petits, très semblable au conte de Hanzel et Greetje. J'en ai attrapé un frisson dans le dos. Pour nous adultes, l'horreur des contes qui devient réalité, c'est insoutenable." explique la maman.
"Comment les enfants vont-ils faire la différence si réalité et fiction se rejoignent? Si je continue à raconter des contes, à chaque instant, mes enfants craindront que, de derrière le coin, surgisse un loup, un ogre ou une sorcière qui leur voudra du mal. N'est ce pas les angoisser outre mesure?" poursuit-elle.
Légendes, contes et histoires sont remplies d'images mythiques racontant l'histoire du monde depuis qu'il y a des hommes et qu'ils parlent. Ces récits mettent en scène bandits et animaux dangereux; ils sont les "mauvais" qui menacent la vie des "bons". Cette tradition écrite ou orale, transmise de génération en génération, tend à constituer un immense message que chacun de nous véhicule et récrée au gré de ses fantasmes. Ce message cherche à démontrer que le Bien fini par l'emporter sur le Mal.
Le drame de cet été à focalisé en chacun de nous le noyau même de l'horreur insoutenable. Comme moyen de défense pour oblitérer l'angoisse qui nous tenaille, nous cherchons à prendre des "précautions" vis à vis de nos enfants, nous rationalisons pour nous rassurer; pour prendre des mesures nous permettant de ne plus y penser. La vie continue, d'autres priorités se présentent.
Les enfants ont une réaction différente. L'horreur de la réalité, ,ils cherchent à l'apprivoiser en la réintégrant dans l'univers du fantasme. Au travers des histoires qu'ils construisent, ils cherchent à exorciser leur angoisse à la manière dont le font les contes. En effet, le conte est une approche directe de l'émotif, il écarte la raison, car elle est trop dépendante de considérations matérialistes, pour laisser agir l'esprit et vaincre ainsi les épreuves de la vie.
Nombreux sont donc les enfants qui par l'alchimie du rêve éveillé tentent de surmonter la peur ressentie face au drame des enfants assassinées. Ainsi, l'autre jour, une maman observant son enfant jouer à haute voix avec ses petites figurines en plastic, l'entend dire: "Voilà, ici c'est la prison. Toi Dutroux, je vais te mettre dans le trou de la prison. Tu as fait une bêtise.". La maman est inquiète, peut-elle laisser la petite ainsi "jouer" avec un drame humain de la réalité? En adulte, elle réagit, il ne faut quand même pas rigoler avec ces choses là, un peu de respect pour la souffrance des familles! Exact. Mais la petite ne rigole pas plus que ne le fait petit Richard qui dessinant un fusil raconte: "Un monsieur prend son fusil, sa mitraillette et ses menottes. Il voit un voleur qui vole la couronne du roi pendant que le roi dort. Il arrête le voleur , lui met des menottes et va le mettre en prison comme Marc Dutroux."
Là ou l'adulte voudrait oublier, gommer la réalité, l'enfant la ramène sans cesse au grand jour. Aujourd'hui, dans les histoires que les enfants imaginent, Dutroux est souvent le nom choisi pour nommer les méchants. Il vient prendre une place à côté des dinosaures, de l'ogre ou de Barbe-Bleu. Doit-on reprocher aux enfants détourner à leur manière l' angoisse face à l'horreur de la réalité, en l'exorcisant aux travers d'histoires imaginaires? Au contraire, les contes de fées que nous leur racontons alimentent leur imagination et leur permet de surmonter les angoisses de la vie quotidienne.

Mots clés: Contes