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Pour nous, il n’y a que lui qui compte ! Notre enfant a tout pour devenir le meilleur !

La violence augmente et la société semble le stimuler sans le savoir…Diane Drory et Vanessa Greindl vous proposent une réflexion étalée sur plusieurs semaines autour du phénomène de ce monde en manque de transmission.

La violence du Tout Moi

Voici plusieurs semaines que nous vous parlons de violence, Pour clôturer cette série d’articles je vous propose d’effectuer un petit tour du côté de notre culture hyper individualiste. Notre intégrisme à nous, occidentaux !

Yvan a cinq ans. Il provoque, dicte, comme mu par une devise : « Je veux donc je suis. ». Il ordonne à ses parents d’assouvir ses besoins comme chercher ses chaussures par exemple. Là, dans l’immédiat. Ses désirs ne doivent-ils pas être exécutés au même rythme que ses jeux électroniques qui orientent ses gestes et sa pensée ? A ses yeux, sa valeur est assurée par le pouvoir qu’il exerce sur l’autre et par les objets qu’il possède. Ses parents craignent ses « crises » explosives. Son bonheur, son épanouissement sont leurs soucis majeurs. Pour réussir sa vie, pour réussir la leur, Yvan doit pouvoir se sentir le meilleur. Le voilà donc grandissant, comme la plupart de nos enfants, dans une culture amalgamée d’individualisme, d’immédiateté et de performance.

L’enfant-roi, celui qui doit être comblé, celui qui ne doit jamais souffrir sur quel royaume règne-t-il ? Vers quel destin va celui à qui on ne peut refuser ce qu’il demande ? Quelle vie attend celui dont on attend avant tout qu’il soit au-dessus de la mêlée ? Quel avenir pour cet être qui s’enrage sur tout ce qui est étranger à ses attentes ? Son tribut ne sera-t-il pas d’être, un jour, diagnostiqué : violent… ?

Le règne et le culte de l’individu.

Qu’on le veuille ou non, nous sommes tous les héritiers des conceptions de mai 68. La où parmi d’autres idées était véhiculé que le péché ne procède que d’interdits. Ainsi se mit en place le temps de la glorification du désir sans contrainte. Ce qui compte c’est moi, et ce que moi je veux.  L’individualisme se fonde sur le toi OU moi…Terreau  de l’esprit de compétition, inscrivant une coupure dans la relation entre moi et l’autre. Il faut passer avant l’autre, être le premier, le meilleur, le seul.

Une société qui leurre les parents en leur faisant croire que le bonheur de leur rejeton dépend de ce qu’aucune limite soit mise à son individualisme, ne tend-elle pas un terrible piège ? Culture oublieuse de la véritable richesse de l’humanité, à savoir la RELATION. Etre ensemble, se dire des choses, se disputer, confronter les différences. Prend-t-on assez conscience que cette culture du toi OU moi engendre la violence de la solitude psychique ?

Un ver dans le fruit de l’individualisme

Imbibé d’individualisme, chaque individu devient étranger à la destinée de l’autre. On se côtoie mais on ne se voit pas. On se touche mais on ne se sent pas. Exister pour soi, et pour soi tout seul. Glorification du chacun pour soi.

Les liens sont coupés. Alors l’individu, pour ne pas périr de solitude s’illusionne de virtuel. Ainsi le lien social, besoin fondamental qui sert à attacher, à unir, condition pour que se mette en place une relation, est désinvesti au profit d’autres attaches. Le mail, les forums de discussions, les chat font adhérer les jeunes à d’autres micro communautés, sans visage. Communautés qui n’ont pas de lien les unes avec les autres. Centres d’intérêt auxquels on s’attache et dont on se détache au gré de nos besoins et de nos envies…

N’est-ce pas un leurre de se croire en relation lorsque l’on est face à son ordinateur ? Jouer avec une machine n’a rien à voir avec un jeu à deux ou à plusieurs. Les manœuvres de l’ordinateur ne sont que d’ordre technique, l’adversaire en chair et en os soupire, rigole, se fâche, vous insulte. Dans ce cas, on est psychiquement confronté mais pas seul…

Individualisme et performance

« Etre le meilleur », nombre de parents attendent de leur enfant cette performance. Question de prouver qu’ils sont de bons parents. Des parents idéaux dotés d’enfants idéaux…. Il n’y a qu’à les voir au bord du terrain de tennis coachant énergiquement leur moutard quitte à se disputer avec l’arbitre ou à bouder « l’autre » enfant qui a gagné le match. Le goût de la victoire l’emportant sur celui de la sportivité, de la camaraderie.

Les parents sont bien sûr animés par le désir d’offrir le meilleur à leur enfant, pour garantir la réussite de sa vie, pour l’aider à devenir pleinement lui-même. De nos jours, le label « bon parent » ne demande-t-il pas de tout mettre en œuvre pour faire de son enfant un modèle de réussite future ? A une époque où le chômage fraie la chronique journalière, chaque parent tient à « prévenir » ce risque. Si l’enfant ne parle pas correctement à 2 ans, on pense déjà logopédie. Par contre s’il est en avance pour son âge, tout le monde glousse de plaisir. Les enfants à « haut potentiel » poussent de tous côtés…Et si c’était des enfants qui s’efforcaient de donner raison à leurs parents ? Jouant le jeu de la performance au détriment de celui de l’imaginaire ?

Hélas, en surévaluant la performance par rapport aux valeurs d’accueil, de service ou de partage, les adultes risquent de faire violence à ceux-là même à qui ils veulent du bien ! Certains enfants, sur occupés, en arrivent à refuser tout apprentissage. Refusant la violence étouffante de l’étau « performance du petit roi ». Blasé de tout, impatients, ils sont nombreux à diaboliser l’école et tout ce qui fait appel à un effort.

Un monde rempli de « nuls » ?

Quel paradoxe que de voir cette culture d’hyper individualisme procurer tant de dépressions et de jeunes se dépréciant… Rien de plus normal pourtant, n’étant pas confronté à la Loi et à ses conséquences, les enfants ont de la peine à intégrer des interdits, et par conséquent à mettre en place des rituels de rencontre.

Tyran à la maison, Jacques à l’école se cachait dans un coin. Il ne jouait pas avec les autres enfants car il ne supportait pas une situation où tout ne tournait pas autour de son désir. Aujourd’hui il se sent nul car il ne correspond pas à ce que l’on a toujours déifié en lui, il ne correspond pas au attentes parentales. Il n’a pas d’ami, il est en échec scolaire, rien ne l’intéresse.  Ses parents le traitent de fainéant. Mais s’il « fait néant »ne serait-ce pas parce qu’on ne lui a jamais appris à gérer son quotidien, à mettre son linge dans le panier à linge, à penser de lui-même à son sac de gym ? Petit roi, ses parents ont tout fait pour lui…Pas besoin d’argent de poche, il reçoit tout ce qu’il demande. Dépendant pour tout, il reste passivement dans l’attente…mais il ne sait pas ce qu’il attend et il déprime!

Stimuler l’éducation à la personne

Notre culture n’oublie-t-elle pas de développer la “personne », ce potentiel en attente au cœur de chaque individu ? Une personne est un individu susceptible de reconnaître et de se soumettre à la Loi de la société culturelle qui l’accueille. Etre une personne c’est avoir su développer sa personnalité, c’est avoir acquis une ouverture sur son niveau de conscience. D’où l’importance du relationnel, c’est lui qui nous permet d’être des « sujets », des personnes. Pour dire JE, il faut qu’il y ait un TU. Une personne n’est pas en rupture de lien, au contraire c’est le lien qui lui permet de se connaître.

La personne se fonde sur le toi ET moi, elle soutient l’esprit de solidarité. La personne est celle qui reconnaît l’autre. La solidarité cautionne le lien. Elle favorise la capacité « d’être en groupe » apprenant à l’individu à prendre un certain recul par rapport à son désir. L’éducation à la personne se fait par le biais de la responsabilisation, du projet commun, de la rencontre. Si une tâche est uniquement axée sur l’acquisition pour soi, cela stimule d’individualité. Si une tâche est reconnue comme un projet commun, ce sont des personnalités qui se forment.

Pour lutter contre cette emprise grandissante de l’individualisme, un directeur d’école décida de supprimer le self-service au réfectoire pour revenir à l’ancien système de plats par table. Ainsi face aux frites qui arrivent, chacun aura à gérer sa portion, à réapprendre à se positionner l’un envers l’autre. A réapprendre à être en relation, même si celle-ci est conflictuelle. La vie n’est-elle pas, quoiqu’on en dise, un perpétuel combat…Un combat non pas pour mettre l’autre à mort mais pour apprendre à vivre ensemble dans le respect de soi et de l’autre.

Conclusion

Apprendre à être en relation est sans doute le défi le plus  urgent de l’éducation d’aujourd’hui. Eduquer à la personne, c’est décider de prendre cette place pour y amener l’enfant. C’est s’efforcer de transmettre des valeurs, c’est vaincre l’obsession du paraître, c’est réfléchir aux conséquences des contingences actuelles de la société. C’est se battre pour rendre au dialogue ses lettres de noblesse.

Ce n’est pas la violence qu’il faut éliminer. C’est impossible puisqu’elle est intrinsèque au fait même de vivre, c’est elle qui nous confronte à l’autre dans la différence de nos désirs.. Cette violence il faut l’apprivoiser, la transformer en saine agressivité. Elle ne devient ravageante que si le sujet n’a pas les moyens de la métaboliser. Elle n’est gérable que si nous avons appris à donner une place à ce qui est autre, ce qui est différent de ce que j’avais imaginé ou rêvé. C’est tout l’enjeu de l’éducation à la personne.

Et l’amour dans tout cela ? C’est l’altérité qui est l’enjeu de l’amour ! Comment nos jeunes maintiendront-ils des liens durables s’ils n’ont pas été aidés à dépasser l’amour narcissique ? Amour où je n’aime l’autre que tant qu’il correspond à ce que moi je veux. Règne de l’amour de moi, et rien que de MOI. Violence d’aimer que pour mon désir…un enfant tant qu’il est comme je l’ai rêvé…  

Mots clés: Education Violence Culture Performance Individualisation