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Quand la couleur ne déteint pas !

Ceux, parmi vous, qui ont voyagé sur d’autres continents, chez les jaunes, les rouges, les noirs ou les bruns ont, sans doute, éprouvé l’étrange sensation d’être  « seul blanc » dans la foule bariolée.

De plus en plus nombreux, sont les enfants de couleur qui trouvent ou retrouvent un nid, une famille « blanche » pour les adopter. Même si l’adoption a déjà fait couler beaucoup d’encre, je voudrais, dans ces lignes, toucher un des points délicats.. S’il est bien entendu que l’enfant adopté est un enfant comme les autres, il est indéniable qu’il aura à traverser et à assumer certaines épreuves auxquelles l’enfant biologique n’est pas confronté. La différence de couleur de peau en est une.

Brun parmi les blancs

S’il est vrai que les parents adoptants « oublient » vite la différence de couleur de leur enfant, (pour eux a joué le miracle de l’amour, c’est leur enfant un point c’est tout, qu’importe qu’il soit blanc, jaune, brun ou noir !), les choses ne sont pas d’emblée si aisées pour l’enfant. Car lui, justement, tout l’amour qu’il a pour ses parents l’amène à vouloir, à tout prix, éliminer ce qui fait la différence entre eux et lui ; Eliminer tout ce qui pointe et confirme qu’il ne vient pas « du ventre de maman ».

Vers 4 ans, bon nombre d’enfants adoptés dénient le fait d’être nés ailleurs comme si, à leurs yeux, cette différence mettait en péril l’attachement des parents à leur égard. Dans le même ordre d’idées, savez-vous que certains enfants, pourtant biologiquement issus de leurs parents,  imaginent ou sont même persuadés d’être des enfants adoptés, et ceci pour la bonne raison qu’ils ont l’impression d’être moins aimés par leurs parents que les autres enfants de la fratrie.

Cette question concernant l’origine biologique avec tous les paramètres qui la constitue (différente pour chaque enfant), tout enfant adopté aura à la résoudre. Elle n’est, bien sûr, pas posée de façon rationnelle et pragmatique mais se manifestera plutôt dans des petits faits et gestes de la vie quotidienne.

Lucie

Lucie, née à Haïti, âgée de 4 ans, noire de peau, a été adoptée à 6 mois. C’est une enfant gaie, spitante, spontanée. Elle s’entend très bien avec son frère aîné, âgé de 6 ans, qui lui est un enfant biologiquement issu de ses parents actuels.

Cette enfant, par ailleurs très intelligente, a toujours refusé d’utiliser un crayon noir. « Ce n’est pas joli le noir » dit-elle pour expliciter ce refus. Après tout devrait-on lui donner tord ? Les dessins tout en noir sont quand même un peu tristes…

Autre caractéristique de Lucie : être prise régulièrement d’une frénésie de nettoyage, elle ne supporte pas une trace de « noir » autant sur les lavabos que sur le formica blanc de la cuisine. Elle dira pour se justifier : « Maman n’aime pas quand c’est sale ! ». N’est-il pas vrai que régulièrement les parents, veillant à doter leurs enfants de bonnes manières, disent : « Va te laver les mains, elles sont toutes noires, c’est sale de venir à table ainsi ! » En toute logique, la petite en déduit que le noir n’est pas chose bienvenue…

Et savez-vous quelle est l’héroïne de Lucie ? Je vous le donne en mille, Blanche Neige bien sûr ! Ainsi, l’autre jour, flanquée de son frère déguisé en pirate, elle fit une entrée triomphale habillée comme sa princesse adorée d’une jupe jaune surmontée d’un bustier bleu aux manches rouges. De cet ensemble ressortait, de manière notoire, son visage foncé aux yeux pétillants de bonheur.

La cousine de 9 ans invitée ce jour-là, s’exclama sans aucune intention mauvaise : « Mais Blanche Neige n’est pas noire ! » Il n’y avait aucune malice dans ce cri du cœur, et pourtant suite à cette remarque toute logique, les yeux de Lucie s’assombrirent et subrepticement… elle alla enlever son déguisement prétextant « Qu'elle avait un peu chaud »…

La dure école de la réalité

Pour chacun d’entre nous, la vie amène à devoir assumer multiples castrations c’est à dire à accepter l’impossibilité de réaliser certains désirs. Par exemple, une castration que, tous, nous devons accepter un jour ou l’autre est celle de ne pouvoir être à la fois fille et garçon. Cet espoir, chacun d’entre nous en rêva ouvertement ou secrètement au cours de sa petite enfance.

Ainsi, de certains aspects de notre corps nous sommes parfois déçus. En ce qui concerne les cheveux, une brune peut tricher en devenant une fausse blonde mais quand il s’agit de couleur de peau, à moins de s’appeler Michael Jackson, il faut apprendre à s’en accommoder !

Lucie, comme bien des enfants dans sa situation, devra un jour accepter d’abandonner son rêve « d’être blanche » comme tous ceux qui l’entourent et qu’elle aime tant. Rien de dramatique à tout cela me direz-vous, c’est la vie ! Bien sûr, je n’en disconviens pas mais je voulais simplement attirer votre attention sur cet arcane que doit traverser l’enfant de couleur adopté dans nos pays. Si nous sommes conscients de cette épreuve nous serons encore plus ouverts à favoriser tout ce qui peut aider les enfants adoptés à s’aimer et à se sentir aimés dans toutes leurs différences.

Mots clés: Adoption Parentalité Attachement Différence