Que sont les mères devenues

Amour, bon sens ou intuition maternels pourront-ils survivre à la technologie galopante ? L'image même de la maternité deviendrait-elle pure virtualité ?
Qui sera le premier bébé de l'an 2000 ? Telle est une des grandes questions du jour !

Un "produit" autour duquel, aujourd'hui, on fait grand bruit. La "fabrication" localisée et fichée donc repérable et codifiable sur Internet et autres modalités technologiques du premier enfant à naître au 1er janvier 2000, fait la Une de publicités en tout genres, de concours, d'émissions radiophoniques, etc.

Imaginez le "bénéfice" d'une publicité imbattable, à l'avantage d'une chaîne d'hôtel, si justement grâce au week-end "date stratégique" offert gracieusement à un bon nombre de couples, un de leurs heureux clients aurait produit "la palme du premier bébé 2000". A moins que ce soit le couple, que j'entendis ce matin à la radio, qui soit le lauréat ? Ce couple, quoique déjà grands-parents de trois petits enfants, s'est lancé dans la course au premier bébé du siècle à venir et ceci en compétition…avec une de leur propre fille ! N'est-il pas vrai, que de nos jours les grossesses du troisième âge ne sont plus un problème…

Qui sait si d'autres ne se sont pas fait "implanter" un embryon "le" bon jour ? Tous cela me laisse rêveuse. Où avons-nous mis nos valeurs ?

Tous les coups seront-ils permis ?

Est-ce la perte du bon sens, le goût de lucre, de la sensation, à devenir des vedettes qui amène tant de couples, de femmes seules, de couple d'homosexuels à produire des enfants par n'importe quel moyen, et aujourd'hui de se lancer dans une compétitivité à mort pour ce fameux "bébé"?

La course quant à la conception de cet enfant est passée, reste maintenant le challenge de la naissance à la bonne minute ! Car non content de chercher à "mettre en route" un enfant pour en faire un héros non consentant des premiers instants du troisième millénaire, les parents s'inquiètent de la programmation du  "débarquement". J'entends déjà obstétriciens et services de maternité se demander comment ils vont gérer les demandes de "naissances provoquées" à l'heure "J". Après tout il est courant aujourd'hui, qu'une naissance soit provoquée pour que le médecin puisse avoir un week-end tranquille, de quel droit refuserait-il une demande du même genre mais émanant des parents ? Il paraîtrait que certains réservent déjà leur place à l'hôpital pour être sûrs d'avoir une chambre. Ah, que ne feraient certains pour passer à la TV ou devenir une célébrité!

Un brin d'histoire

Rappelons que depuis le premier bébé fivete, il y a eu les jumeaux fivete, puis les quadruplés fivete. Vint ensuite le bébé né de sœurs jumelles (l'ovocyte fécondé de l'une porté par l'autre) dont on oublie de dire qu'il s'agit de la mise au monde d'une enfant stérile…

Non contente de ces succès, la science permit de faire porter à la mère l'embryon de sa fille, de fabriquer des bébés d'insémination post mortem, sans parler de ceux qui ont gestés dans le ventre d'une mère cliniquement morte. Ainsi, en 1996, aux États-Unis, une femme dans le coma depuis 10 ans, donna naissance, suite à un viol, à un petit garçon. Quel programme pour un enfant d'être issu d'une mère morte violée par un inconnu…Et quel avenir réservera-t-on aux embryons orphelins congelés? Il y en a qui, paraît-il, sont les héritiers de grandes fortunes!

Ainsi la science biologique s'emballant, des tas de choses extraordinaires se sont produites, les unes plus effarantes, plus incroyables que les autres. Depuis le premier bébé éprouvette, l'homme, en jouant à l'apprenti sorcier, part à la conquête de son statut de dieu. Tournant autour de l'arbre de la Connaissance de la Vie, il est prêt à tout pour en cueillir les fruits sans parfois trop réfléchir à la question : "L'humain est-il mûr pour croquer cette pomme ? N'en sera-t-il pas empoisonné ?", à moins  que la question doive se poser dans le sens inverse : " Les fruits de cet arbre sont-ils assez mûrs ?"

Qu'en pensent les femmes, les mères ?

Où cela va-t-il s'arrêter ?

Dans son meilleur des mondes", Huxley avait prévu tout cela! On arrête pas le progrès, bien sûr et heureusement! Le tout sera de définir ce qu'est un progrès pour l'humanité. Sera-ce un progrès lorsque les manipulations génétiques permettront à tout un chacun d'avoir un bébé fourni sur commande, "le bébé du rêve" ? Plus d'un parent risque d'être quand même déçu car un rêve en cache toujours un autre et ce bébé de "rêve" aura quand même des côtés de réel! Et puis comment vont réagir les laboratoires qui, garantissant un label "bébé rêvé assuré", se retrouveront devant tous ceux "qui n'ont pas reçu la marchandise commandée"? Y aura-t-il des assurances indemnités pour le parent trompé sur la marchandise? A moins qu'il n'y ait une clause de remplacement, mais que fera-t-on des refus, des rebus ?

Toute cette fantaisie peut faire sourire, n'empêche, n'est-il pas essentiel de faire évoluer notre niveau de conscience à la même vitesse que la technologie ? Il y a urgence et péril en demeure si la Lucidité et la Sagesse ne viennent pas rapidement revendiquer leurs droits!

Et l'enfant dans tout cela ?

A l'aube de l'an 2000, dans notre monde libéral et avancé, j'observe un paradoxe : d'une part, des manipulations en tous genres sont froidement portées sur "l'objet fœtal", d'un autre côté, le bien-être de l'enfance est une préoccupation constante. Comme si un enfant, même nouveau-né n'avait rien à voir avec le fœtus qu'il fut !

Il ne faudrait pas que l'on renouvelle, pour le fœtus, la méconnaissance longtemps maintenue à propos du nourrisson. Celui-ci était réputé quasi insensible et on se préoccupait peu d'atténuer ses souffrances. Il s'agissait là d'une réelle insensibilité des adultes devant la douleur d'un être sans parole. Trop souvent cette même insensibilité se manifeste, aujourd'hui, à l'égard du fœtus ; finalement, aux yeux des scientifiques  représente-il autre chose qu'un petit amas de cellules incapables d'avoir un quelconque ressenti…?

Cependant, les dessins d'enfants, croyez-moi, témoignent d'expériences de la vie fœtale d'une façon très nette, il y a même des enfants qui ont des souvenirs !

Actuellement, il est courant lorsqu'un couple rencontre des difficultés au niveau de la procréation, de tenter des fécondations in vitro. En cas de réussite, les œufs fécondés sont implantés dans la matrice de la mère. En déposant plusieurs implants, on augmente les chances de départ d'une grossesse. Celle-ci est constatée lorsqu'un implant se nidifie et commence son processus de croissance. Parfois tous les implants "prennent"…Avez-vous déjà imaginé qu'un fœtus pourrait ne pas être indifférent à l'intervention qui, soudainement, élimine les implants jugés surnuméraires…?

Autre thème, avez-vous déjà imaginé que les échographies trop souvent demandées "Parce que c'est si gai de "le" regarder !", soient une atteinte non négligeable à l'extrême sensibilité du corps fœtal…?

De plus à une époque ou l'on prône de plus en plus l'importance de l'écoute de l'enfant, de son droit à un épanouissement, de l'importance de la solidarité, etc.…nous assistons au surgissement d'un "droit à tout prix d'un enfant" et même à n'importe quel prix…sans pour autant que l'on s'interroge toujours sérieusement sur la place de l'enfant et du désir d'enfant dans toute cette saga. Que l'enfant soit un souhait sincère pour la majorité des humains c'est incontestable mais de là est-ce une raison suffisante pour en faire un droit ?

Appel aux mères

Je ne peux m'empêcher de trouver beaucoup d'incohérence dans le comportement des adultes de cette fin de siècle.

Aujourd'hui, "La doctrine du diable" selon Chargaff domine : Tout le Possible doit se faire et l'Impossible est un défi. L'humain de ce fait perd une certaine lucidité et ne voit plus comment, en fin de compte, loin d'être le maître du monde, il devient l'esclave de la technologie ! Celle-ci, trop souvent hélas, au nom de la Science, travaille non pas au service de l'humain mais à sa propre gloire.

A l'occasion de la fête des mères, je lance ici un appel au bon sens des femmes et des mères. Celles-ci, confrontées jour après jour "aux petites choses de la vie", doivent prendre leurs responsabilités en accordant de la valeur à leur bon sens, leur intuition et leur sens du respect de la Vie. La question n'est pas de refuser les progrès de la science mais de discerner les actes technologiques utiles et salvateurs de ceux qui ne serviraient qu'a leurrer l'homme d'une puissance qui ferait de lui un dieu…emporté par son orgueil ou par l'attrait du pouvoir de l'argent ! A nous toutes de soutenir une science qui assume sa vraie tâche : celle d'aider l'homme a être un meilleur homme pour l'autre, fut-il un fœtus !

Mots clés: Société Valeurs Transgression Naissance