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Si tu n’es pas sage, tu iras au lit

La  vie stressante et trépidante que mènent nombre de jeunes couples, les rend émotifs face aux pleurs et grincements de dents de leurs chers petits.
Un enfant qui pleure.

Que peut réveiller en nous le pleur d’un enfant ?

Qu’on le veuille ou non, un enfant qui pleure ou ronchonne nous renvoie aux larmes qui ont, lors de notre propre enfance, jaillies, perlées ou été retenues. Ce chagrin d’enfant peut aussi taquiner la tristesse et le désarroi…que ressentent parfois certaines d’entre nous, face à la contrainte de travailler à l’extérieur et d’avoir à confier nos enfants à d’autres mains. Assez d’encre a coulé sur le déchirement et l’émergence de culpabilité ressenti par les mères ayant à mener de front : vie de couple, vie de famille et vie professionnelle.

Ainsi, les pleurs de leur enfant, les parents ont parfois du mal à les supporter, à entendre ce qu’ils signifient tant ils cherchent à refouler leurs propres pleurs intérieurs. Geste d’auto défense bien compréhensible. Une des manières de garder ces pleurs à distance, est de mettre l’enfant au lit dès qu’il manifeste une émotion qui réveille, insidieusement, une souffrance parentale.

Voilà pour ce qui est de la logique inconsciente de l’adulte.

Aller au lit

Le lit est déjà pour l’enfant un lieu pas toujours évident En tant qu’adultes, nous avons oublié les similitudes entre « dormir » et « mourir »! En effet, à l’instar de mourir, dormir c’est perdre conscience, ne plus savoir ni contrôler ce qui se passe autour de nous, se sentir hors jeu de la réalité vivante, mouvante, vibrante. En somme, avoir aussi peu d’emprise sur le monde qu’un mort ! Un humain doit expérimenter suffisamment d’endormissements et de réveils rassurants pour faire la différence entre les deux états. Il peut ainsi prendre conscience d’une certaine perénité de son existence et apprivoiser l’angoisse de la nuit noire.

Ce travail de prise de conscience se fait dès la naissance. Il n’empêche que pour grand nombre d’enfants, s’endormir, quitter la relation avec l’autre,  réveille quand même un fond d’angoisse. Ainsi, lors de la mise au lit, il n’est pas toujours évident que l’enfant comprenne, dans le bon sens,  l’adulte qui lui recommande « de vite dormir », de se « laisser emporter par le marchand de sable ».

C’est pourquoi il est conseillé de toujours entourer la mise au lit de calme, de tendresse et de réassurance. L’enfant doit s’imprégner de l’idée que son lit est un cocon protecteur et non pas un cercueil !

Si tu n’es pas sage, tu iras au lit !

Vous avez, sans doute, déjà compris le dramatique malentendu que risque de provoquer cette phrase. Souvent accompagnée de « Tu es crevé… tu es explosé… faut donc aller au lit… » Reprenons la logique enfantine, logique très rigoureuse car elle fonctionne en prenant les mots au pied de la lettre. « Si je pleure, je constate que l’adulte ne le supporte pas. En effet, il me déclare mort. C’est qu’il me souhaite mort pour ne plus entendre mes pleurs. Et il me met dans mon lit. Mon lit est donc un endroit pour mourir. Là où l’on met les gens indésirables pour ne plus les voir ni les entendre : mon lit. »

Ce raisonnement vous étonnera sans doute car nous avons oublié le fonctionnement de la logique enfantine. Mais il vous permettra peut-être de comprendre pourquoi certains enfants que l’on amène vers leur chambre à coucher, disent avec des yeux larmoyants : « Pas dodo ! »

Refus d’aller ou de rester au lit

Le nombre d’enfants insomniaques est en proportion incroyablement croissante cette dernière décennie. Il y a plusieurs explications à cela mais il est utile de savoir que l’une d’elle est cette association faite par l’enfant entre aller au lit et être rejeté. Un double sentiment d’abandon l’habite alors : il se sent abandonné parce que pas écouté dans ses pleurs et exprimer ses pleurs entraîne l’adulte à se débarrasser de lui en le mettant au lit.

Mais si l’enfant à choisi de vivre, il n’a pas envie de mourir ! Alors la nuit, dès qu’il se réveille, il tente de quitter ce lieu mortifère pour se réassurer auprès de ses parents que ceux-ci ne l’ont pas abandonné…Ainsi certains enfants s’efforcent de ne pas s’endormir ou se lèvent plusieurs fois par nuit pour s’assurer d’échapper à l’emprise mortifère de la couette !

Que signifie : être sage ?

Cette notion très abstraite est un concept mystérieux pour un enfant et en temps voulu il lui donnera le sens qu’il aura déduit à partir des attitudes des adultes. « Si quand je pleure, je sens l’adulte stressé, il manifeste un malaise. On me dit alors que je ne suis pas sage. Il faut donc en déduire qu’être sage signifie de surtout pas parler de moi et de mes difficultés d’enfant. » Etre sage peut alors être compris par l’enfant comme une demande de l’adulte d’avoir un enfant transparent. D’être là mais ne surtout pas perturber la paix mentale de l’adulte.

Ainsi, par son comportement chaque parent déterminera la signification que l’enfant donnera au mot « sage ». Ce qui me paraît important de pointer c’est le danger de créer chez l’enfant une confusion entre : « être puni » - « aller se coucher » -  « dormir » - « mourir ».

Mots clés: Pleurs Education Conflit Sommeil