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Un courage non récompensé

Isa se retrouve enceinte. Frôlant la trentaine, l’idée d’être mère lui fait plaisir et de plus l’idée d’avorter lui fait horreur. Donc, cet enfant, en tous cas, elle le garde. Reste la question du père

Un problème subsiste, la question de la paternité. Celui qui a conçu l’enfant n’est qu’un amant de passage, un bon ami, sans plus.

Pas un cheveu d’Isa ne songe à vivre avec cet homme. Lui non plus d’ailleurs ne souhaite pas perdre sa liberté mais il est conscient de l’importance de l’enjeu et ils décident de commun accord de garder l’enfant.

Le temps passe, le ventre s’arrondit. Il est temps de songer à le nommer ! Pour le prénom c’est aisé, la mère sait quel est son choix ! Ce sera Perette ! Reste le nom de famille. C’est un point très important puisque le nom de famille inscrit l’enfant dans un circuit culturel et social. Il véhicule les mythes familiaux, l’histoire de la famille et inscrit dans l’histoire de l’humanité. Après moultes discussions, ils décident, puisqu’il est d’accord, de donner le nom du géniteur de l’enfant.

Mais est-ce judicieux de donner à l’enfant le patronyme du géniteur si celui-ci ne va pas prendre en charge le quotidien de l’enfant ?

Pourquoi le nom du père ?

En donnant son nom à l’enfant, un homme engage sa responsabilité, surtout lorsqu’il le fait libre de toutes contraintes ! En donnant son nom, le géniteur de ce bébé marque son désir d’être reconnu comme père de l’enfant. D’être celui qui va l’introduire à la loi humaine lui permettant de se rendre compte qu’en dehors de la mère ce n’est pas le vide ! Il indique qu’il y a aussi une place pour l’enfant auprès de lui ; l’enfant peut se séparer sans crainte de sa mère, elle n’est pas toute pour lui, lui n’a pas à être tout pour elle …

De plus, Isa est consciente de l’importance pour un enfant de ne pas être uniquement référé à la mère, pour qu’il y ait Vie il faut deux parents ! Or, dans nos pays, le patronyme paternel a pour fonction de nous inscrire à la fois dans une culture, mais surtout dans une différence radicale par rapport à notre mère, notre lieu d’origine. L’enfant n’a pas à être assujetti à sa mère, il n’est pas « sa chose ».

En portant notre nom, nous le portons au nom de ceux qui nous l’ont donné et aussi en notre propre nom. Le nom que nous portons pose les fondements de notre identification, il constitue un réel marqueur d’appartenance. Dans notre société occidentale, c’est par le don de son nom qu’un homme reconnaît l’enfant comme étant le sien et lui permet de se situer dans une lignée. En donnant son nom, le père réfère l’enfant à une double origine. Celle de sa mère, origine incontournable, on ne peut naître de mère inconnue ! Celle d’un homme qui accepte d’inscrire l’enfant dans son arbre généalogique donc dans l’histoire de sa famille.

Puisque l’essence du patronyme est de nous inscrire dans une culture et de nous positionner dans une différence radicale par rapport à notre mère, cette symbolique de coupure est beaucoup plus claire lorsque l’enfant ne porte pas le nom de la mère.

Réactions aussi inattendues que surprenantes…

Comme il est de coutume, dans notre pays, quelques temps après la naissance, une infirmière vient rendre visite à la jeune mère et à son enfant. Après avoir échangé quelques propos, cette personne apprend qu’Isa vit seule. Etonnée par le patronyme de l’enfant, elle lui dit : « Mais Madame, pourquoi lui avoir donné le nom du père ? C’est vous qui avez porté l’enfant, c’est vous qui allez l’élever seule et avoir tous les soucis ! Aujourd’hui il s’intéresse peut être un peu à cette enfant mais qui sait que demain il peut se marier et avoir d’autres enfants ; votre petite ne sera alors que quantité négligeable ! Tandis que vous, vous assumerez cette enfant toute votre vie. Quelle idée de lui avoir donné le nom du géniteur ! »

Voilà notre jeune maman toute déstabilisée, inquiète d’avoir pris une mauvaise décision, d’avoir introduit le vers dans la pomme…

Quelques jours plus tard, elle va présenter sa fille à la crèche afin de concrétiser les modalités à mettre en place lorsqu’elle aurait à reprendre son travail. A son plus grand étonnement, la directrice lui tient des propos encore plus virulents que ceux de l’infirmière ! « Mais quelle idée saugrenue ! A quoi bon pour cette enfant de porter le nom d’un homme dont vous n’avez cure ! Vous me dites qu’il vient la voir toutes les semaines, combien de temps pensez-vous que cela va durer ? Vous élevez votre enfant seule et vous lui donnez le nom de son père ! Votre fille va souffrir toute sa vie de porter le nom d’un homme qu’elle ne verra sans doute que très occasionnellement » Imaginez-vous dans quel état de stress et de questionnement, la pauvre Isa réintégra son logis. Après tout, ces femmes de métiers sont sensées connaître, mieux que personne, les conditions qui apportent aux enfants le plus de sécurité et de bonheur de vivre.

Heureusement celui qui la rassura fut le père qui, défendant sa place, lui dit : « Au moins, notre petite pourra être fière d’avoir un père qui a librement choisi de lui donner son nom. Elle pourra grandir avec l’assurance que ses parents n’ont pas voulu renier ce qui fut le fruit de leur brève rencontre. » En effet, donner son nom est pour le père poser un geste qui marque qu’il accepte d’assumer la responsabilité de son acte. Tout comme la femme, qui refuse d’avorter, décide d’amener l’enfant à la possibilité de lui faire mener une vie terrestre. En acceptant de l’accueillir en son sein, la mère permet à l’enfant d’exister et de construire sa première identité dans un corps où il se sent adopté. En léguant son patronyme, le père accepte d’être nommé en place de tiers terme entre la mère et son enfant.

En agissant comme ils l’ont fait, ces jeunes parents ne sont-ils pas plus proches de ce qui est essentiel à la mise en place de la confiance en soi que les professionnelles qu’ils ont rencontré ?

Mots clés: Père Grossesse Mère Regard