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Un monde du tout secure

La violence augmente et, sans doute sans le savoir, le contexte sociologique actuel la stimule… Diane Drory et Vanessa Greindl vous proposent une réflexion étalée sur plusieurs semaines autour du phénomène dans ce monde du tout sécurisé…

« Et surtout qu’il ne lui arrive rien ! »

Contexte de sécurité à outrance qui par le contrôle nie la Loi de l’Incertain. Peut être contrecarré par une éducation au risque et au courage.

Avant, l’enfant évoluant en périphérie de la famille, découvrait le monde en faisant ses petites expériences quotidiennes.. « On jouait à des jeux dangereux et souvent, on se faisait mal. On grimpait dans les arbres, on enjambait les murs des voisins. Parfois il y avait des chutes, avec des coupures et des os cassés, mais personne n’était blâmé. C’était l’apprentissage de la vie. » 

De nos jours, bien peu de tout cela. L’enfant, dorénavant centre et trésor de la famille, rien ne peut lui arriver… Le mot sécurité a enfanté l’interdiction de la prise de risque. 

Risques interdits.

Dés sa conception, l’enfant est surveillé, sa mère se voit interdire toute une série d’aliments. Un monitoring l’accompagne pour naître. Grandissant sous l’œil protecteur parental, scolaire, sociétal, au nom de sa sécurité, on ne le lâchera pas d’une semelle ! Devenu adulte il souscrira à toutes sortes d’assurances le protégeant et il attaquera les responsables qui n’ont pas pu endiguer les risques. 

Ainsi, actuellement, au nom de la sécurité, une réglementation de plus en plus contraignante vient ficeler le quotidien des familles et ceci parfois au mépris du bon sens et de la débrouillardise…Ce n’est plus notre sens du goût qui détermine qu’un yaourt est impropre à la consommation, c’est la date marquée sur l’emballage… De plus en plus dépendants des normes établies, nous jetons le produit à la poubelle sans même l’avoir goûté ! 

Le parent, taraudé par la culpabilité d’être « imprudent », ose de moins en moins s’appuyer sur sa confiance dans la Vie. L’enfant devant lequel on brandit sans cesse le spectre de « l’accident » n’ose plus croire en ses compétences.

Que penser d’un monde où les gens ne savent plus vivre qu’assurés sur tout, sur la vie et l’avenir, contre la mort et l’enfer, et contre eux-mêmes surtout !

Un nouvel autoritarisme : le contrôle !

Tenaillé par la peur qui dénie la Loi de l’incertain, loi inhérente au fait de vivre, l’humain d’aujourd’hui se rabat sur une illusion rassurante : le contrôle.

Ainsi, le contrôle est devenu, au nom de la sécurité, un autre maître mot. « Tu peux jouer dehors, mais ne vas pas là où je ne te vois plus ». Le contrôle c’est le pouvoir du « regard » qu’il soit parental, scientifique ou technique. 

Pour s’assurer de son bien-être, les parents cherchent à tout savoir de leur enfant. Ils se vexent ou croient que leur enfant ne les aime pas, s’il ne raconte pas! Cette attention continuelle étouffe même si elle est remplie de bienveillance et de bonnes intentions. On entend certains jeunes s’exclamer :  « Mais qu’on nous laisse un peu vivre. Même si on se plante, on se ramassera. Y en a marre d’être pris pour un con »…Faut-il s’étonner que certains deviennent sournois, cachotiers voire menteurs. Faut-il s’étonner qu’au nom du sécuritaire et du contrôle grandisse l’intolérance face à tout ce qui est différent, face à celui qui est d’une autre race, d’une autre religion ou tout simplement celui qui est un autre…

Sans nous en rendre compte, nous avons de moins à moins à dire, de moins en moins droit à des initiatives propres qui seraient les guides de notre vie. Cette continuelle addition de contraintes  fonctionnarise la vie. 

L’emprise de la surprotection.

L’évolution actuelle entraîne la mort des identités. On globalise, on légifère à tous les niveaux, sous la bannière du sécuritaire, se vend « un monde sûr et protecteur ». Sommes-nous assez conscient que de ce fait, la différence des désirs individuels est de plus en plus annihilée ?

En famille, la dépendance relationnelle amène les enfants sur la pente dangereuse de la perte d’identité. La drogue douce du parent qui « fait » à la place de l’enfant (en ramassant ses jouets à sa place, par exemple) ou qui pense à la place de l’enfant (en veillant à ce que sac de gym, cartable soient dans la voiture) crée un véritable sentiment de dépendance. Assuétude trop peu dénoncée… En agissant à la place de leur enfant, les parents l’empêchent de découvrir sa capacité personnelle à faire évoluer les situations, à organiser sa vie dans le sens de son désir. Ils empêchent la confrontation avec la réalité !

Dans le même registre, certains parents refusent de donner de l’argent de poche pour qu’il ne soit pas utilisé à des fins inutiles ou louches. « Il n’a qu’à nous demander ce qu’il veut, nous le lui donnerons volontiers. » L’enfant est condamné à rester celui qui doit tendre la main pour avoir ce qu’il veut. L’interdit à l’autonomie annulant toute erreur ou prise de risque, les contours du Moi de l’enfant deviennent très flous… 

Un carcan qui donne le sentiment de devenir insignifiant.

On supprime les tabourets dans les lieux de rencontre pour enfants, ils pourraient en tomber…On fixe les jouets au sol, ils pourraient trébucher… Jusqu’où ira-t-on pour éviter à l’enfant toute expérience désagréable ? 

A-t-on déjà réfléchi la violence auquel cette hyper sollicitude soumet les enfants ? Sécuritaire qui les noient dans l’uniformité d’un quotidien tellement ouaté qu’il en devient insipide ! Un humain pris, dès sa naissance, dans pareil carcan se sent-il encore exister ? Ne courre-t-il pas le risque d’être déresponsabilisé d’une pensée propre ? De devenir, à ses yeux un sujet insignifiant. Que d’enfants sont habités par cette douloureuse phrase : « Je suis nul. »…

Ne pas se tromper de cible avec le sécuritaire !

Pour rendre à un individu son statut de personne il faudra le réintroduire à une position où il se sent libre et responsable de ses actes. La dépendance d’un individu à son environnement est déterminée par la part laissée à sa liberté d’action et la part déterminée par la société qui lui ordonne ce qu’il faut faire.

Lorsque le moyen, c’est à dire le sécuritaire l’emporte sur le but c’est à dire l’épanouissement de la personne, la liberté se perd ! Ce qui devient prévalent c’est l’utilisation du pouvoir de certains sur les autres et tout cela au non de la sécurité !

Le sécuritaire pousse à « l’égal » et se protège du « différent ». Donc, insidieusement le sécuritaire nourrit la peur du différent. Or notre culture est de plus en plus confrontée à du différent et cherche à s’en protéger en légiférant de plus en plus. Mais ces lois, paradoxalement n’amène pas la Paix voulue car elles élargissent le fossé des différences et en augmente la peur. Ces lois clivent les individus en groupe qui se retrouvent face à face et non capables de « vivre ensemble ».

Contre-pied à la violence du sécuritaire.

La dépendance d’un individu à son environnement est déterminée par la part laissée à la liberté d’action et la part déterminée par la société qui lui ordonne ce qu’il doit faire. Trop de dépendance et de déresponsabilisation quant à sa vie, fragilise la sécurité psychique d’un humain !

L’emprise du contrôle à tous les niveaux, au nom de la sécurité, bannit le hasard par crainte de la loi de l’Incertain. Loi qui pousse la pensée humaine à s’ouvrir, à se développer, à s’adapter, à évoluer. 

Nous naissons vulnérables et la fin de notre vie est souvent marquée par la fragilité. Entre ces deux moments, il y a une vie à traverser. Vivre, ce n’est pas que manger, travailler et dormir ! C’est aussi grandir pour faire évoluer le monde des humains. Pour cela, il faut apprendre à nous dépasser, à connaître nos limites et nos compétences. L’expérience n’est-elle pas la somme de nos erreurs ? Chaque erreur nous force à trouver une issue différente. Ne faut-il pas faire confiance à la créativité dont la vie nous a doté ?

Gare donc à la violence du sécuritaire qui pensant et organisant la vie de nos enfants à leur place risque de les transformer en de dociles petits robots insignifiants. Or, la vraie vie, celle de l’humain, n’est-elle pas la joie du désir et de l’imprévu ?

C’est à la fois fragilisant et angoissant d’avoir le sentiment que la sécurité, le confort, la survie dépendent totalement du bon vouloir de l’autre. Sans en avoir l’intention, notre attitude sécuritaire anesthésie la faculté de penser de nos enfants. Elle freine leur capacité à prendre des initiatives propres et ils s’en retrouvent parfois bien malheureux. 

Comment nous arracher à l’endormissement inhumain qui nous néantise ?

En ne craignant pas, dans nos attitudes éducatives, de reprogrammer la prise de risque ! Elle est une initiation nécessaire pour passer de l’enfance à l’âge adulte. « Il n’est de vie sans risque et celui qui veut sauver sa vie, la perdra… », nous rappelle une sagesse ancienne …

 


Texte à méditer

« Je vous souhaite du fond du cœur
De retrouver le sens de l’angoisse
Devant le soleil qui meurt.
Quand le soleil meurt, aucune certitude scientifique
Ne doit empêcher qu’on le pleure,
Aucune évidence rationnelle, qu’on se demande s’il renaîtra.
Vous vous mourrez lentement
Sous le poids de l’évidence ;
Je vous souhaite cette angoisse.
Comme une résurrection. »

Cheikh Hamidou Khan 

Mots clés: Contrôle Sécurité Souffrance Violence Humanisation