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Un nouveau lieu de rencontre : l’échographie ludique

Importé des Etats Unis, un nouveau concept commence à remporter un succès certain chez nous. Copiant nos voisins français, un studio d’imagerie prénatale non médicale c’est ouvert dans notre capitale. De quoi s’agit-il ? De proposer aux (futurs) parents un nouveau lieu de rencontre : l’échographie ludique.

Les « écho-réalisateurs proposent aux parents de partager « un moment de plaisir » autour du film « souvenir » de « bébé in utero ». Le matériel échographique n’a plus rien de médical mais devient ici une médiation au service de l’affectif. L’atout majeur de ce type d’intervention serait une additionnelle qualité relationnelle entre la mère et l’enfant.

Cette offre s’adresse à toutes les femmes enceintes entre 20 et 30 semaines. Pourquoi cette période ? Car avant l’image n’est pas assez claire et après on a plus une assez bonne vue d’ensemble. Sont bien sûr convié, s’il le désire, le père ou même toute la famille et pourquoi pas les amis ? Pour le bonheur des papas et des mamans, multiplions les images et les souvenirs…

Un souvenir inoubliable !

Pour qui ?

Voici donc, le fœtus, qui n’a rien demandé à personne, soumis à une échographie interminable (il paraîtrait qu’une séance dure plus ou moins 45 minutes) afin que les adultes puissent à loisir prendre de belles photos en trois dimensions et repartir avec un film DVD d’une durée de 20 minutes, en poche. Voici qu’est à la portée de tous, à quelque moment qu’ils le souhaitent, de se voir dévoilé la vie intime d’un enfant à naître.

A quand le syndicat des fœtus ? Car ces derniers, enfermés dans leurs boîtes maternelles n’ont même pas l’occasion de demander des droits sur leurs prestations d’acteur. On use et l’on abuse allègrement de leur personne sans trop se poser la question des effets qu’ils pourraient ressentir, dans leur organisme, à la suite d’une échographie prolongée. 

L’échographie :  inoffensive ?

Pour qui ?

L’échographie prénatale est une image obtenue par la projection d’ultrasons et la réflexion de ceux-ci sur les structures organiques du fœtus. Il a été établi que pour l’humain ces ondes sont inoffensives. Certains animaux y sont cependant très sensibles. Et le fœtus ? On ne sait pas, la Science estime que c’est sans conséquences pour lui mais aucun fœtus n’a jamais donné son avis ! 

Par ailleurs, la réalisation d’un film d’une aussi grande intimité engage une série de sentiments. La grossesse est un moment qui pour nombre de parents, est aussi un temps rempli de questions, de projections voire d’angoisses. Etre confronté de visu avec son enfant qui ensuite continuera à évoluer dans le silence et l’obscurité du ventre maternel peut réveiller des émotions insoupçonnées et pas toujours aisées à gérer. Il est clair  que les écho-réalisateurs ne prétendent en aucune manière apporter des réponses aux nombreuses questions des mamans. Mais où iront-elles avec leurs interrogations ? Et si le fœtus refuse de bouger ? D’exhiber des prestations ? Quel prix aura-t-il à payer pour les déceptions, désarrois ou vécus de trahison qu’il aura causé ? De quelles projections va-t-il être victime ? On va-t-on plutôt le secouer afin qu’il réponde aux attentes du film ?

Les concepteurs de ce type d’activités, se rendent-ils comptent qu’ils s’immiscent dans une relation, s’engagent dans l’intimité d’un secret.  En tout cas dans le partage d’un vécu émotionnel profond

Echographie : ludique.

Pour qui ? 

Voici un lieu, à ne confondre en aucun cas à un service médical, où allègrement le petit fœtus, nouveau joujou parental se voit bombardé d’ondes permettant de le voir en live et en 4 dimensions. Fantastique car on en est plus au temps des échographies en noir et blanc. Votre bébé pourra bouger en couleur et en relief. La qualité de l’image est garantie de même que l’est un l’accueil personnalisé. Car vous parents, bien sûr on vous considère comme des personnes, il est important de vous offrir confort et réassurance. Les écho réalisateurs sont conscients qu’il faut recevoir les parents dans un cadre agréable afin de les mettre à l’aise. Et l’aise du bébé ? L’enfant qu’est-il devenu ? Une fois de plus instrumentalisé comme objet de consommation ? Livrer sans égards au plaisir des regards ? Nos enfants sont-ils nos jouets ? Pouvons-nous en disposer à notre guise ? 

D’ailleurs, un mère a-t-elle vraiment besoin de « voir » pour s’attacher à son enfant ? Les femmes seraient-elles devenues à ce point dénaturées ? Le « sentir » ne suffirait plus ?

Déjà soumis à Big Brother…

Qu’en est-il de l’intimité du fœtus ? Parce qu’il n’a pas de possibilité d’avoir droit au chapitre, avons-nous le droit de le soumettre à notre voyeurisme ?

Il est vrai que le public actuel, gorgé d’émissions télé réalité, s’est habitué à ce qu’une vie soit étalée au grand jour. Mais rappelons qu’il s’agit là d’un choix conscient d’exhibitionnisme souhaité par ceux qui sont filmés. Peut-être y a-t-il des fœtus qui n’ont pas cette même envie ?

Etonnant que dans la publicité faite autour de ce type d’activité on prône que ce « film émotion » en 4 dimensions se révèle une expérience précieuse car elle permet, aux parents, d’envisager plus que jamais l’enfant en gestation comme une « personne ». Paradoxe et non-sens total car la spécificité d’une « personne » est d’être responsable des actes dans laquelle elle s’engage.  De quoi le fœtus est-il ici responsable ? Il se retrouve embrigadé malgré lui dans une aventure où on ne lui demande pas son avis. 

Françoise Dolto nous a introduit à la connaissance qu’un enfant, voire un fœtus est un « individu à part entière ». Mais dans le cas qui nous concerne, le fœtus n’est en aucun cas considéré comme un individu c’est à dire un sujet auquel nous reconnaissons un désir et des émotions propres ! Ce qu’il désire ou non, comment il se sent dans pareille situation, l’effet que cela lui fait d’être soumis à un flot intensif d’ultrasons, ces questions ne semblent retenir l’attention de personne  Qu’en est-il alors de l’attachement sécurisé et la confiance en l’autre que les adultes doivent garantir à l’enfance ? Ne sont-ils pas les éléments fondateurs indispensables au développement harmonieux d’un enfant ? 

Conclusion

Pour ceux qui ne peuvent résister à l’emprise de l’image, à la curiosité de « voir », il est souhaitable qu’ils sachent que ce type d’expérience doit pouvoir être vécu dans le plus grand respect de l’intimité car le lien est constitué en grande partie de cette proximité. 

Tant mieux s’il s’avère exact que ce type de projection, permettant d’établir et de se laisser tisser un lien parent/enfant, favorise une prise de conscience précoce et un meilleur accueil du bébé. A entendre certains, il s’agirait là d’un métier d’avant garde qui s’inscrit utilement dans le contexte socio-familial du XXIème siècle, participant ainsi à l’évolution des mentalités.

Mais si ce qu’on appelle l’éducation à la parentalité, réduit encore plus l’enfant à un statut d’objet aimable dans la mesure où il comble les attentes de plaisir des parents, je me pose de sérieuses questions sur la place donnée à l’enfant à venir… Est-il alors autre chose que l’objet de « jouissance » d’adultes qui mirent leur narcissisme sur l’écran ?