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Une cage dorée

Les parents de Julie, 4 ans, sont très proches d’elle et cela malgré une vie professionnelle intense. Désireux de faire de leur petite un être humain bien dans son corps, bien dans son cœur, bien dans sa tête, ils sont toujours prêts à répondre au moindre de ses besoins ou de ses désirs.

Elle laisse tomber son crayon et déjà l’un d’eux se précipite pour le ramasser. Elle a perdu ses pantoufles et voilà les adultes empressés de les chercher. Ils souhaitent avant tout que cette enfant se sente entourée et aimée.

Faire tout pour le mieux

Julie est désireuse de grandir et ses parents souhaitent la préparer le mieux possible à affronter le grand monde. Julie n’est pas une enfant gâtée, il y a des règles à suivre, la raison de celles est clairement explicitée et l’enfant s’y soumet d’ailleurs sans trop de heurts. Par exemple, on lui explicite qu’aller en maternelle est indispensable pour se préparer à aller plus tard à la grande école. Quelqu’un qui veut grandir ne doit-il pas savoir lire et écrire ?

Dans le même ordre d’idées, sa mère varie les repas et se charge du contenu de l’assiette afin que Julie apprenne à manger de tout. Au bain, le soir, Papa la lave de pied en cap car si l’on sent mauvais on n’a pas d’amis. Maman choisit et pose tous les soirs ses vêtements sur sa chaise car il faut être bien habillé pour être fière de soi et acceptée par le monde extérieur. La nuit le corps grandit c’est pourquoi elle « doit dormir » dès la mise au lit car il faut être reposé pour être en bonne santé ; cela lui permettra de faire le lendemain des choses différentes de celles d’aujourd’hui.

Irréfutablement les parents de Julie cherchent à lui donner tous les atouts pour qu’elle puisse plus tard s’envoler du nid avec confiance.

Et pourtant…

Régulièrement, lorsque Julie se retrouve à la maison, elle dit à sa mère : « Maman, je veux te mettre en cage ! » Que signifierait une telle formulation ? Souhaite-elle que sa mère ne quitte jamais le nid familial ? Qu’elle n’ait pas de liberté propre, de possibilités de vaquer à des occupations que sa fille ne contrôle pas ? Et voilà maman qui culpabilise ! N’en fait-elle pas assez ? L’enfant se sent-elle mise à l’écart par la vie professionnelle ? Sa fille l’aime-t-elle encore ?

Par ailleurs, elle qui craint si fort la séparation, qui pleure chaque matin au moment de la séparation d’avec sa mère, voilà que déjà, à plusieurs reprises, elle menace ses parents en disant : « Je vais partir de la maison. » Julie n’a pas l’habitude de dire n’importe quoi aussi ces paroles réussissent à ébranler sérieusement les parents. Faut-il fermer la porte de l’appartement à clé face à ces idées de fugue ? Car assurément, en disant cela, Julie prend son air déterminé et sachez-le, elle a du caractère et ce n’est pas quelqu’un qui a peur de faire ce qu’elle dit…

Une phrase peut contenir plusieurs logiques.

Le langage d’un enfant est souvent, pour l’adulte, un rébus mais cela ne veut pas dire que ce que dit un enfant n’a pas de sens et n’est pas à prendre au sérieux ! Que pourrait signifier, dans la logique de Julie, ces deux phrases clés qu’elle répétera suffisamment souvent pour que ses parents y prêtent une attention soucieuse ?

Et si on inversait la logique ? Tout en adressant un message à l’adulte, l’enfant parle aussi de lui, de ce qu’il ressent dans le monde intérieur de ses émotions. Comprenons-nous bien ce processus est totalement inconscient et n’a rien à voir avec une démarche délibérée de l’enfant pour expliciter à ses parents « son problème » !

Mais revenons-en à la question de Julie. Et si c’était elle qui se sentait dans une cage ? Dorée certes mais cage tout de même car tous ses vœux sont exaucés presque avant qu’elle puisse les formuler. On lui parle d’autonomie c’est à dire de liberté d’action mais pour le contenu de son assiette tient-on compte de sa faim ? Elle est lavée, bichonée, mais son corps, finalement est-il bien à elle ? Ses vêtements sont choisis et disposés sur sa chaise sans que l’on imagine lui demander son avis… Sa chambre est toujours bien rangée mais est-ce de la manière dont elle l’aurait souhaitée ?

L’adulte imagine facilement qu’un jeune enfant, parce que petit de taille, est encore incapable d’opinions personnelles. Mais comment nourrir l’envie de grandir si tout le quotidien d’un l’enfant s’accomplit au travers des gestes de ses parents ? Dans la réalité, Julie peut-elle assumer son envie de grandir si celle-ci est réduite à l’état de projet ? Non, puisqu’elle est complètement dépendante de son environnement. Aussi, quand un jour, on lui ouvrira la porte de la cage, Julie peut-elle s’imaginer être capable de s’envoler ? Peut-être pour cette raison, est-il  préférable pour elle d’essayer de se rassurer en imaginant mettre l’adulte en cage pour l’avoir constamment sous la main.

Mais paradoxalement, dans la foulée, cette même phrase peut être porteuse d’un autre message « Maman, je voudrais te mettre à ma place, dans une cage dorée certes mais cage quand même ! Alors tu comprendras mon désarroi face à l’idée de te quitter chaque matin »

Mais que faire de ce désir de grandir qui fort heureusement habite le cœur de la gamine ? Une autre issue serait de partir de la maison pour trouver un peu de liberté d’action ! C’est une idée courageuse mais très angoissante car rien n’est plus cher et indispensable à un enfant que la présence de ses parents. En effet, à cet âge, partir c’est mourir…

Première autonomie à acquérir, celle du corps

Pour répondre aux besoins d’autonomie de l’enfant rien de tel que de le responsabiliser face à son corps et à ce qui lui appartient. L’acquisition de la propreté est un premier pas dans ce sens, que nous stimulons d’ailleurs car un enfant sans lange c’est quand même plus agréable ! Mais nous ne devons pas arrêter notre élan. Très tôt, un enfant est capable de mesurer la quantité de nourriture proportionnelle à sa faim (cela n’empêche en aucune façon de lui apprendre à tout goûter) ; pour ses vêtements, soyons conscients que comme nous, adultes, l’enfant n’est pas indifférent à ce qui habille son corps, alors n’hésitons pas à lui donner son mot à dire ; en ce qui concerne le coucher, bien sûr c’est aux parents de déterminer quelle est l’heure d’être au lit, mais le moment où passera le marchand de sable nous n’en avons pas la maîtrise, c’est l’affaire de l’enfant ; etc.

Pour un petit, rien de tel que l’expérience de l’autonomie corporelle pour nourrir le désir de grandir !

Mots clés: Autonomie Liberté Idéalisation Dépendance Désir