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L’autisme

Ce n’est qu’un billet d’humeur, d’humeur à vous faire partager l’enfer du tournis dont souffre Emilien. Pan de mystère de cet enfer de brouillard. L’enfer du flou dans lequel l’identité se perd et noie le magma de sensations qui ont perdu leurs mots.

Le monde connu n’est jamais ce qu’il est, puisque ce qu’Emilien croit, voit, les autres disent que ce n’est pas.

« Le matin, c’est doux, c’est chaud, c’est mon lit. Je me lève, la chambre est peinte en bleu, il y a des éléphants sur mes rideaux. Je mets mes pantoufles, c’est doux, c’est chaud. Je marche vers le lavabo, j’ouvre le robinet, je bois de l’eau. Il faut s’habiller, ils disent les autres. Je sors de la chambre, on m’a préparé à manger. Hier il y avait une araignée sous mon assiette, hier ou demain finalement je ne sais pas, on va dire une fois ils ont mis une araignée sous mon assiette. Alors je la soulève, comme tout les matins, pour voir s’il y a rien en dessous parce que peut-être dessus il y a une araignée ? Alors je la pose pour regarder dedans. On sait jamais, enfin moi je sais jamais. Là du lait, j’aime le lait, c’est pas laid le lait. C’est pas comme le blanc des yeux des autres. Ils mentent parce que derrière le blanc est enfermé le rouge, ou le noir peut être. Amour et haine pour moi. Jouer le jeu sinon le noir sera plus noir.

J’ai mangé. Je me lève. Je marche jusque dans une autre chambre. Ils appellent cela le living, une chambre qu’il faut à la fois quitter et être dedans, to leave and to be in. Je regarde les livres de la bibliothèque, j’aime lire. Les lettres me sont fidèles, elles restent les mêmes. C’est comme les chiffres. C’est pas comme les humains. Je prends un livre, l’enfer de Dante, on y parle du paradis. Le paradis c’est les lettres, je regarde les lettres, je m’en fous des mots.

On crie. « Viens ranger ta chambre, ton lit n’est pas fait. »

Je me lève, à nouveau me perdre dans le dédale du carrelage noir et blanc. Comme les yeux des autres. Les autres et le carrelage. J’hésite, il y a sûrement un piège, un blanc qui va me rendre inexistant, un noir qui m’empêchera de voir. Il faut avancer, ça crie là-bas du fond de nulle part. Chercher mon lit, mais lis donc puisque tu connais les lettres qu’ils me hurlent parfois dans les oreilles, les autres. J’entre dans une pièce, un morceau de maison. Je ne sais jamais dans quelle pièce je joue.

J’erre. J’ai trouvé ma chambre. Ce n’est pas ma chambre. Il y a de l’eau partout, ça coule des murs, je suis au fond de la mer, au mur est accroché un coquillage avec une araignée dans le fond, parfois elle bouche le trou, ça coule, ça coule, ils veulent me noyer les autres. Accrochés devant la vitre, des gardiens comme des monstres, ont une longue tentacule empoisonnée. Faut pas que j’approche. Je hurle. J’ai peur.

Les autres arrivent, leurs bras de pieuvres m’attrapent, m’encerclent, m’enferment. Je veux mourir mais la mort ne vient jamais, c’est l’enfer du décor. Le monde est déjà autre, tout le temps autre. Tournis de tortures. Ma vie est sans rire.»

Je suis un autiste, disent les autres…

Mots clés: Sensorialité Souffrance